TOI QUI PASSES SOUS SILENCE


On m'a dit plusieurs fois que la jeunesse était belle
Que la révolte contre les choses de ce monde et contre la mort était un mirage
Mais un beau mirage, digne de ce nom
Et que je finirai bien par y retomber
Y retomber avec les autres, avec l'âge
Dans la fosse des égarés évanouissants
Ca me passera, ce refus, cet énervement
Quand l'ivresse même sera ennuyeuse
Quand je serai blasé même des élans vertigineux
C'est une bien jolie chose
C'est une bien jolie chose et futile la révolte
Contre on ne sait quoi
Contre le bruit des clefs dans le vide-poche
Contre le bruit indistinct et immense du Monde
Cette boule qui ricoche d'un coin à l'autre de l'Univers
En tournoyant autour du soleil, ampoule magique
Qui éclaire ma vie ce long opéra-bouffe
Contre l'humanité, ce moulin à vent, cette statue fixée sur son socle
Qui ne veut pas bouger d'un centimètre
Cette jolie chose futile d'une jeunesse un peu perdue
Mais belle parce que révoltée avant de s'évanouir avec les autres fantômes
Dans la nuit de l'âge et du temps et de l'habitude

Ce qu'ils ne savent pas, c'est que j'ai déjà plus d'un quart de siècle dans mes mains
Des amis morts dans le coeur
Et que plus le temps passe et plus la révolte
Prend possession de moi et je saute, aveuglé
D'un incendie vers l'autre
Un autre que moi tient les clefs de ma propre demeure
Un autre que moi tient les clefs de ma propre demeure

 

 

 

Janvier 2007