PETITES CHOSES EN PROSE

 

 

(sujet à de futures additions et à de profondes modifications, au fil du temps)

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

L'OMBRELLE
LE PARADIS RÊVE DE MOI
L'ATTRACTION DES ASTRES
DANS LE JARDIN CLOS DES PROMESSES LUXUEUSES

 

 

L'OMBRELLE

 

Ta main caresse la vitrine de ta mémoire, constellée de mannequins immobiles et magnifiques, comme en attente, de bijoux, de perles rares, de vieux livres poussiéreux... Tu fouilles, sans cesse en toi, à la recherche d'une substance jusqu'alors inconnue, tu prends les mirages dans tes bras. Devant la rue commerçante de la vie, la vie nonchalante, je te voyais regarder les bibelots de tes petits commerces d'intérieurs, une boîte de médicaments, tout un tas de choses...
La boutiquière de ta mémoire venait arranger les poupées, aérer les cheveux, fabriqués à partir d'une authentique crinière de cheval. Est-ce que le cheval avait vécu pour ceci, pour léguer ses tresses de crin aux petites filles qui jouaient, de leur peigne, à émasculer d'innocence ces petites poupées sans un pli ? La boutiquière minutieuse de ta mémoire venait réarranger la vitrine pour son unique client de la journée, toi, qui passeras des heures à contempler la nature morte, à lui donner vie par le mécanisme mystérieux de ton imagination. On aperçoit un coffre diaphane, où gisent des personnages que tu n'as pas connu. Penchée au-dessus de lui, une ombrelle miniature, à la chinoise, de la même sorte que celles qu'on plante parfois dans les glaces luxueuses, ces glaces pleines de neige. Elle semble protéger quelque chose, elle n'est certainement pas là pour faire de l'ombre, ni même pour enjoliver un paysage déjà tant enrichi.
La petite ombrelle s'est plantée là comme un drapeau, pour marquer son territoire, et au-dessus d'elle, en caractères d'industrie, on peut lire, comme une plume ou un insecte si léger qu'on le penserait sans cesse en instance de s'évader dans les airs, "Je ferme les yeux" et la crainte de le voir s'échapper nous rend sa présence plus vive encore.

LE PARADIS RÊVE DE MOI

 

C'est l'histoire d'une longue portée sur l'apesanteur, c'est mon histoire, l'histoire volée des petits récits. C'est l'histoire aussi des feuilles amoncelées sur le tapis de l'amour, sur lequel on se couche, appesanti, étiolé, étoilé, sans nervures, à plat ventre, quand on est heureux, jusqu'à l'évanouissement. C'est une perspective émotionnelle, multiplement coloriée, des bâtiments à la pleine majesté des cathédrales. Et puis dans le ressac, fixée dans sa mouvance, c'est la voix, avant tout. La voix merveilleuse, sans hygiène, croisée des perturbations de l'ancienne poitrine, féminine, adorable sûrement, sans aucun autre mot que la primitive sensation, vibratoire, stupéfaite. Le voici, tel que je le conçois, le bonheur. Le bonheur de toute une vie, insuffisante à entourer de son doigt polaire, l'arrondi d'une vocale. Le tracé des cataractes, bleues comme l'océan. Et c'est ceci encore, la floraison sans fin, l'épanouissement des aurores boréales quand je regarde scintiller dans tes cheveux, le reflet polychrome de mes rêves, enorgueillis de t'appartenir.

L'ATTRACTION DES ASTRES

L'heure qui avance, à chaque seconde approfondi la réalité de notre rêve, de nos songes dépareillés. Depuis combien de temps déjà nous nous regardons, chacun dans les yeux de l'autre, chacun se mêlant à cette source enrichie d'un amour fertile, le crépuscule et l'aube du monde.
Sur le silence profond, posé sur nous comme un voile, se réfléchissent mille lumières.

 

DANS LE JARDIN CLOS DES PROMESSES LUXUEUSES

J'ai voulu m'imaginer ce que tu pensais en ce moment même, en tirant sur les persiennes pour faire entrer un peu de jour et de vent. J'ai parfois rêvé de recevoir une lettre d'amour mais ça, c'est tout juste si je peux l'avouer tant les bruits que fait le monde m'encombrent les oreilles. Me penses-tu quand c'est dans tes mains que s'endort la moitié de moi ? J'ai rêvé aussi à des mélodies entraînantes, des pianos luxueux, pas très bien accordés, mais qui jouaient malgré tout divinement bien, cet air du jour et de la nuit. Comme les cordes qu'on a dans le coeur. On ira voir le désert demain, si tu veux, où tout autre paysage. Puis nous irons trouver des fractions de joie de vivre éparpillées pour les amonceler comme un trésor. Sous un nouveau jour. Pour nous. Regarde, les heures tournent et le cirque du monde continue.

 

Je me suis souvent surpris, le soir, en fermant les yeux, à rêver d'équinoxes et d'épanouissements des frontières.

La vie est suffisamment belle ainsi pour tenter de lui trouver un sens.

Peintures :

01 - Monet-Promenade
02 - Alphonse Osbert
03 - Alphonse Osbert
04 - Edgar Degas