NOS POUSSIÈRES

 


On a les yeux de ceux qui dans leurs songes ont été abandonnés des dieux. Des moments de fatigue, des envolées lyriques, de belles musiques qui passent parfois et qui nous sauvent, du moins un court instant. On a des amours aussi qui surgissent, des perditions, des pleurs, des peurs, des frissons et beaucoup de nuit. Des cris et du brouillard, des élucubrations, des égarements, des mémoires. On a des mensonges aussi, des aveuglements, quelques souvenirs, des chairs perdues. Des tristesses à nouveau, des paradis surannés, et puis des douleurs. Des escaliers en colimaçon qu'on grimpe et qui n'en finissent pas, des jeux qui n'en sont plus. On a le temps qui vient parfois nous rappeler qu'il existe, lui aussi. Des mains fatigués, moites, esseulées. Des joues qui se creusent et des doigts qui se gonflent, des verres d'alcool et des plaisirs qui ressemblent plus à des tentatives d'oubli. Le chagrin devient lucidité. La joie elle aussi qui somnole dans un coin de nous-même semble s'être endormie. Avec ce cadavre dans ses bras qu'on nommait autrefois "paradis". Des envies soudaines de voyages et d'ailleurs, un grand vent frais qui ferait bouger tout ça, s'éloigner les mauvais esprits, qui pousserait un peu plus loin la nuit et ferait entrer le soleil dans la maison, dans les cheveux et dans les yeux, la vie.

On a tout ça finalement et le tout mis ensemble qui formerait quelque chose de beau peut-être, nous rappelle que pour rien au monde, non, pour rien au monde on se passerait de toutes ces choses. Ce n'est plus vraiment un paradis n'est-ce pas, ce n'est qu'un peu de poussière. Mais c'est tout ce qu'on a. C'est tout ce que nous sommes.

 

 

 

 

 

Décembre 2007