Le navire immobile (un jour)

 

 

Etrange moitié de ma vie.
La joie de vivre est en partance, amarrée pour le moment, abandonnée aux lents balancements. Le capitaine crie au départ. Ce n'est pas encore l'heure. Je l'entends moi, il est seul. il ne s'en rend pas compte. Il a peuplé sa solitude comme il a pu. Chaque matin il répète le même cirque. " Toutes voiles dehors ! Larguez les amarres ! ". Puis il se place sur la proue. Il lève son chapeau à la terre de chagrin qu'il croit enfin quitter. A chaque fois, il y croit dur comme fer.
Mais il est seul encore. Le paysage ne veut pas défiler.
Il attend quelques minutes, puis tombe en larmes, ses mains sur son visage. Il n'aura pas d'autres mains pour lui soutenir le visage, ce matin encore. Alors il retourne dans les cales de son navire. Puis s'enferme à nouveau dans son rêve. En attendant un autre réveil.

Je suis moi ce marin qui ressasse ses longs espoirs, et qui ne bouge pas d'un centimètre, paralysé par la promesse du bonheur.
La joie de vivre est en partance. Elle n'a encore jamais connu le périple. Remis à demain, toujours remis à demain. Jusqu'à la mort, peut-être.

 

 

 

Peinture : Caspar David Friedrich, Wreck In The Moonlight
06 Juillet 2006