LE CAPTIF (SÉDITION)


Tu es prisonnier à la minute où
Tu t'éveilles à l'aurore, prisonnier
Quand tu presses l'interrupteur du plafonnier, comme pour
Chasser la noirceur de ta vie
Quand tu tires le loquet de ta porte, quand
Tu attends que les secondes défilent, que le feu des piétons
Passe au vert émeraude, tu es prisonnier de ta propre nuit
Au milieu de la saison des amours, prisonnier de tes larmes rentrées
Dans la salle des cours avant que la sonnerie ne retentisse quand
Tu replies cet étranger en toi dans la fosse aux ordures, pour tous ces termes mort-nés
Dont tu accentues l'encre noire sur la peine des mots, pour ce millier d'esclaves méconnus
Pour ce millier de notes gravées sur les partitions de la vie de tous les jours
Parmi la pesanteur de ton époque, des idées de laideurs et de beautés
Des amitiés coupées sous le fil du temps de toutes ces funérailles avant l'heure
De toutes ces tristesses enchantées enchaînées aux sillons de ton visage
Parmi les merveilles de tes regrets, des traversées et de l'harmonie
Montante des pianos, parmi les fluctuations du proche océan
Parmi les intempéries diverses et le timbre de ta voix
Parmi les coussins où s'élancent tes rêves de voyages
Parmi les chants crépusculaires qui endorment le monde, les éclairs
Les odyssées où ta musique nous emmène
Pendant que la multitude aboie
Au balcon des plaintes surannées
Tu es prisonnier de ton rêve de paradis
De tes mirages magnétiques
Prisonnier pour te donner une chance
De t'évader une fois rien qu'une seule...
Avant que les tempêtes marines ne me portent au loin
Écris-le au revers de tes pages
Avec tes poignets enchaînés
J'étais un prisonnier
Le temps que s'ouvrent les fenêtres
Le temps que passe ma nuit

 

 

 

Février 2007