LA NUIT NOUS SOMMES VIVANTS

 

Tout part et s'en va crever mon amour mon empire de lumières
Tes parasols en été ou tes détresses pigmentées, tes plages de couleurs
Tes disques laser et ton devenir, tes jeux de paresses ou de sociétés
Tes habitudes et tes douleurs, tes fleurs épanouies ton pantalon retroussé
Mon amour tout s'en va par terre rouler dans le caveau mes poussières
Tes sentiments et ton corps, tes rêves et tes élans
Ton coeur, ta réalité et ta littérature, tes réussites, tes yeux denses
Ton désespoir tout ce qui tient debout, ta beauté
Tes joies qui éclairent nos murs, nos abris éphémères
Tout part s'en va dans les airs vers on ne sait où
Mon empire de lumières mes jours
Pourtant tu pourrais tout avoir, là sur le champ
Tout de suite

ÉPAISSIR LE MONDE


Mentir assis sur une chaise devant l'écran les doigts sur les touches de plastique
Devant la télévision devant le journal, mentir en franchissant les passages cloutés
Réparer le lavabo écrire un poème
Mentir en faisant cuir les pâtes en grimpant les buildings
En écrivant des emails, en laissant des messages sur le répondeur
Mentir en te maquillant ou entrer en colère
Passer le seuil tourner les clefs qui allument le moteur
En allant à l'usine ou regarder les étoiles à travers la fenêtre de ma chambre
En allant faire les courses parmi tous les inertes
Mais ne plus mentir à la minute imprévue
Ce soir où tu es toi-même une heure peut-être une minute
Dans une forêt ou couché contre ta peau ou dans ta bouche béante
Cesser de mentir
Une heure peut-être une minute

MOTRICITÉ DU NUAGE


J'ai perdu les étoiles sans le savoir, la corde
Et le rire un jour où je courrais trop vite, j'ai perdu dans un virage violent
Sans raisons le ticket du manège, le goût salé du paradis
Caché derrière les verrières ou couché sur les rails du métro
Le vent, pêcher une larme à la main mes amis mes voisins mon nuage
Uniquement parce que j'étais pressé j'ai perdu ma brûlure
Sur un trottoir un touriste les a sans doute ramassé
Mes perditions mes amours, mes courses mes continents
Mes nouveaux départs mes poèmes et tous mes territoires
Je les ai perdu
Un jour où j'étais trop pressé

ESCLAVE


Derrière toi un étranger passe et te chagrine
Il compte sur ses doigts il énumère
Il analyse te décortique
Ta vie marine
Tes écailles de poisson chat
Un étranger à-côté de toi regarde tes chaussures
L'air glacial de l'hiver
Courir et se mettre à l'abri
La texture de tes habits ton allure la couleur
Couvrir le ciel
Ta démarche et ta floraison
Sortir de l'ordinaire
Comme si tu n'en faisais pas partie
N'en demande pas plus

REPARAÎTRE

 

Le ventre sur le gazon mes doigts dans tes cheveux
Créer longiligne la demeure que tu habites
Succursale ou jardin secret parsemé d'étincelles et d'étoiles vivantes
Fleurs d'une teneur inhabituelle ou noires sonorités
Mêlées au bleu, au rouge des rues traversières
Silence imprévu où le cirque du monde se tut
Apparaître le matin un samedi dans la gorge du soleil
À la place centrale de notre ville un point nu dans le pli foncé
Recoin ou vertige, paradis de passage dans nos vies
Passant inconforté par le bruit et les images
Tourner en cercle autour du point blanc inhabité
Sans peuple et sans tourmentes d'aucune sorte
Autre que le vermeil magnétisme des muscles et de la sueur
Couloir où le spectacle du jour touche à sa fin et commence
Une nuit en devenir

INSTANT ZÉRO

 

 

J'ai attendu devant la porte le retour du soleil
Le trésor et l'explication, l'exclusion des frontières
Les conduites souveraines
Je me suis préparé j'ai lavé mes vêtements
J'ai prévenu tous mes amis
Un jour de repos, un jour imprimé en rouge
Sur le calendrier de ma vie
J'ai attendu devant la porte fermée le retour du soleil
La musique familière pour m'emporter
Les frontispices les horizons nouveaux, les poèmes inconnus
Les amours réinventés les coeurs sains les paroles lucides
J'ai attendu des années peut-être depuis toujours
Que le vide se comble que le désert se peuple
Que le mirage prenne corps ma demeure
L'eau de mon corps et mon visage

J'ai ramassé mon être colmaté les arrivées d'eau
Laissé mon revolver dans le tiroir le jour nu la découverte
Lavé de mes soupçons j'ai attendu le lever du soleil
Jusqu'à ce jour

GOLD RUSH


J'achèterai un ticket de cinéma pour ne plus déambuler
Un froissement dans la poitrine pour débuter le voyage
Une surprise éclaire notre paysage déloger notre inquiétude
Silence sur les comptoirs et sur les navires amarrés
Des listes de destinations au fond de ton coeur
Avec les roses et le roulis des mésaventures
Je peux me souvenir
Le temps change avec les collines
Je pourrais changer moi aussi mon uniforme
Le laisser aux objets trouvés
Je peux me souvenir
Changer de métier
Chasser les chutes d'eaux les quand dira-t-on
Revivre et rajeunir un instant, le temps du phénomène
Visiter les cathédrales écrire dans la pierre nos infortunes
Ne plus les revivre le temps qu'un espoir illumine
Et descendre doucement avec toi
Descendre où il y a de l'or

LE CHASSEUR DE MICROBES

 

Un animal est passé sous la peau te laisser quelques mots
Ses lèvres sont muettes ses gestes sont maladroits ses respirations
Il change le climat comme d'autres modifient la couleur
Atténue la pesanteur de tes jours
Il restera longtemps abrité sous ton ongle
Sous les draps pendant que tu somnoles attendant
Attendant que les minutes se stabilisent
Autour du point aveugle le bonheur
Nous avons joué au chat à la souris sous les déluges
Des mots cloutés sous les orteils, ne plus marcher pieds nus
Sur le sol glacé du méconnu et de la douleur
Il est l'heure le train va bientôt partir sans nous, regarde
Il est l'heure

LE POÉTE INCONNU

 

Je me suis bien diverti j'ai avalé le miel
Fabriqué par les abeilles, puisé dans toutes les lavandes
J'ai tracé le contour des somnolences, amusé l'automate
Levé le voile sur un pays au demeurant intérieur
J'ai vu resurgir une ancienne harmonie, empreinte ensorcelée
Mêlée au désir d'aller loin au-delà des habituelles occlusions
J'ai mécontenté le sortilège et dilué le poison de mes veines
Tracé la ligne vers une spectaculaire assonance
Ou tristesse stupéfiée relève les bords de ses lèvres en dansant
La fable était triste mais je l'ai colorée, je l'ai éblouie
Une minute peut-être, mais une minute étendue
Allongée sur l'infini

 

17/12/08