JOURNAL

 

ICI JE SUIS LIBRE

De choses et d'autres.

 

 

Accéder aux pages du journal : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6

 

 

Mercredi 02 Août 2006, vingt-deux heures quarante deux

 

Bienvenue chez moi





 

 

Dimanche 30 Juillet 2006

Je sais que je ne serai pas heureux tant que je n'aurai pas déterré les choses que je porte en moi. Le dessin et la peinture en font partie, cela fait presque un an et demi que je n'ai plus touché un crayon, et il s'est produit comme une illumination lors de mon voyage à Zurich. Voici ce que mon corps et mon esprit réclament, ce besoin que je n'arrivais pas encore à identifier. Que d'autres devinaient en moi mais que moi-même, j'étais incapable de voir. Il me fait créer mon imagerie, déterrer les cadavres pour leur faire prendre vie, seul moyen pour moi de retrouver l'être. Sinon je deviens larve, de garder tout ça en moi. "il faut faire quelque chose de votre angoisse", avait dit Rodin à Rilke. L'écriture ne me suffit pas, c'est un acte trop refermé maintenant. Je ne dirai plus "je veux/vais faire" (ce qui revient à dire "je ne ferai pas) mais "je fais". Au diable l'immobilité, la claustration. Il faut se confronter sans cesse. Je vois des soleils, des ombres, du rose, du vert, des brumes, des clartés. Je me force, même si je n'ai pas l'envie profonde, même si je n'ai pas dès la première seconde, l'exaltation, il s'agit de persévérer sans s'arrêter, se sacrifier, ne vivre que pour ça, sans cesse.

 

Si la lassitude pointe le bout de son nez, il faut lui tirer les oreilles.

 

Je ris mais ne mords pas

 

 

Dimanche 30 Juillet 2006

 

Voici l'endroit exact où j'ai mangé hier soir, au Kronenhalle, à Zurich, avec, en face de moi, un portrait de matisse par Picasso, à ma droite, un tableau de Chagall et derrière, un Paul Klee. Une expérience extraordinaire, sans compter les gens avec qui je me trouvais, ainsi que les plats (le meilleur thon crû de toute ma vie). M. nous racontait ses histoires datant de l'époque où il traînait avec andy warhol dans ce restaurant. J'éprouve une telle reconnaissance envers Y de me faire connaître des choses que, sans elle , je n'aurais jamais connu. Pas dès maintenant en tous les cas. Et surtout, de croire en moi.

 

 

La raison cherche les choses, l'instinct, lui, les trouve.

 

J'ai toujours eu le sentiment que la vie exhaussait les voeux les plus intimes (qu'ils soient de douleur ou de bonheur), et qu'il était hypocrite de l'accuser d'injustice. Si les voeux ne se sont pas exhaussés, c'est qu'ils n'étaient pas sincères.

 

 

Dimanche 23 Juillet 2006, une heure du matin

 

Quiétude

 

Nul grand frisson ni lourde peine, ce soir. Oh il y a bien un léger voile de peine sur les choses, mais si peu. Le chagrin devrait avoir pour nom le parfum, sur la peau de l'âme, en petite quantité. La peine donne du charme à la rêverie, quand elle ne devient pas trop acharnée, comme les plantes grimpantes. Je me sens bien et il me semble que je pourrais parler de tout et n'importe quoi. Les musiques sont douces, et l'air est plein de gentillesse et de fraternité. Depuis combien de temps n'avais-je pas ressenti cette quiétude ? peut-être me suis-je affranchi de quelques afflictions. Nulle crainte, nulle langueur. Peut-être devrais-je m'en inquiéter, justement. Mais non. Je n'ai pas envie de m'inquiéter ce soir, j'ai seulement envie d'être avec moi-même comme je serais avec un vieil ami. Un vieil ami qui a eu sa part de douleurs, sa part d'absences et de manques, de peaux à serrer contre lui. Sa part de remords, de culpabilités. Nulle animosité contre moi-même, nulle étincelle de l'ego non plus, aucune preuve à faire, de poème prétentieux à commettre. Rien de tout cela. il n'y a pas, non plus, de liberté sublime à féconder, ni de franchissement des frontières intérieures à accomplir. C'est, peut-être, le lent échappement du nuage qui suit la tourmente, cet instant entre le déluge et le beau temps. Cet entre-deux mondes. J'ai du temps devant moi mais, si je le craignais hier, cet avenir, aujourd'hui ce n'est plus la même histoire. Ce n'est pas non plus le repos de la bataille gagnée. Ou bien si, peut-être un peu. Il me semble que j'ai remporté une victoire sur moi-même. Un de mes démons, sans doute, qui a rendu l'âme. Oh des démons, je n'en ai pas qu'un seul dans ce champ de bataille qui me sert de coeur. Mais parfois, il y en a un qui tombe, alors, c'est le silence. C'est tous mes tourments pulvérisés. C'est le ciel lui-même qui me relâche en me disant : "Va, vis un peu, tu en as le droit...". Alors, les mains délivrées de mes chaînes pour quelques instants je m'extrais de ma prison qui me voile la joie de vivre, le bonheur d'exister et d'être au monde. Les petites joies, qui étaient pour moi des insultes quelques instants auparavant redeviennent, le temps d'un laps peut-être, ou même bien plus longtemps (qui sait, si la quiétude ne va pas s'installer pour longtemps dans mon coeur ?), des beautés en puissance. Je vais goûter la promesse du bonheur qui n'est plus une promesse, mais plus un simple bonheur, pas grand chose, cette sensation d'être aimé à laquelle j'ai droit, sans avoir besoin pour la préserver et pour être sûre d'elle, de revêtir le costume de roi du monde. Cet amour n'a plus besoin de grandes preuves pour montrer qu'il existe. Il est là, c'est tout. Oh ce n'est pas un amour démesuré et tapageur, mais un amour discret, qui n'est plus une obsession. Un amour dans une vie réelle plutôt qu'un rêve évanescent. Une simple flamme sacrée et perpétuelle, plutôt qu'un bref incendie. Il n'a plus besoin de trop de mots, être lui suffit. Comme un arbre, finalement. Lequel serait fragile pendant les prémices de son existence, et qui aurait besoin de toutes les eaux, de tous les pleurs pour croître, et de tous les vents pour se fortifier contre eux. Arrivé à maturité, il peut enfin s'épanouir seul, sans avoir besoin d'une quelconque aide extérieure. Surtout, je ne suis plus inquiet pour lui, je sais qu'il a trop duré maintenant, qu'il est trop solide pour s'effondrer, quels que soient les tempêtes qu'il pourrait rencontrer désormais. Si le soleil est trop brûlant, il ira se rafraîchir dans les profondeurs de la terre où plongent ses racines. Si la nuit se prolonge, il ira puiser quelques rayons qu'il a préservé dans son coeur, en attendant le retour de l'aurore.

 

 

Vendredi 21 Juillet 2006, quinze heures

 

"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit." (Oscar Wilde)

 

Note à Elle.

Je crois, au contraire, qu'il nous faut viser les plus grands rêves, afin d'avoir une chance d'en réaliser au moins des petits. On aura trop tôt commencé à deviner, au crépuscule de la vie, les regrets pointer le bout de leur nez, d'avoir visé trop bas. Et les blessures, ne forment-elles pas ces interstices, dans l'âme, à travers lesquels jaillissent de nouvelles sources ? On ne peut les enfouir, mais on peut les changer en une lumière, à la fois noire et lumineuse, des lucioles qui avancent devant nous et nous éclaire sur le chemin de l'avenir.

Ne faut-il pas rêver sans cesse, cultiver ces songes, les agrandir chaque jour, jusqu'à l'illimité ? Des rêves petits ne sont déjà plus des rêves. L'absence de songes appartient à la vieillesse, aux désenchantements. Les grands rêves amplifient l'existence.
Et c'est aussi parce qu'en moi ils sont grands, que je sais aussi me contenter des détails, des petites choses de la vie, qui n'en sont pas moins fastueuses et pleines de petits bonheurs qui ne demandent qu'à naître tour à tour. Mais les grands rêves ne sont peut-être fait que de ceci, un amoncellement de fragments de bonheurs qui en forment un immense.

 

 

Jeudi 19 Juillet 2006, deux heures quarante

 

Mais la nuit elle-même n'était pas si triste, peut-être. J'ai vu que la marée était une offrande de la mer rendue aux rivages, ce soir, emmenée par un vent lunaire, venu des étoiles, sans doute. Belle comme la nuit. Comme toutes les choses qui descendent des astres, j'ai vu une étincelle qui ne durait pas qu'un instant, mais bien plus. Les jours vont et viennent mais toi tu es toujours là, seras-tu attentive, avec mon âme dans tes mains. Entre dans mon monde, on ne s'y ennuie pas. Secrètement, je rêve de t'avoir près de moi pour toute cette vie, ainsi que celle qui suivra. Et je sais que tu as un rêve semblable au mien. C'est l'instinct qui nous dit que l'amour dépasse la mort, il doit bien s'y connaître, lui. Puisqu'il était là avant même avant notre éphémère présence au monde. Il avait tout prévu. La vie est trop belle ainsi pour qu'on lui donne un sens. Entre dans mon monde qui sera le tien.

 

 

 

Mercredi 19 Juillet 2006, deux heures vingt

 

Je me suis souvent surpris, le soir, en fermant les yeux, à rêver d'équinoxes et d'épanouissements des frontières. Et j'en ai vu des silhouettes de danseuses s'affairer sur les losanges du parquet, ah ça oui... Une action en forme d'au-delà, absolument comme des yeux ouverts. Codes secrets au-dessus des cils. J'ai vainement voulu m'imaginer ce que tu pensais en ce moment-même, en tirant sur les persiennes pour faire entrer un peu de jour et de poussière. J'ai parfois rêvé de recevoir une lettre d'amour mais ça, c'est tout juste si je peux l'avouer tant les bruits que fait le monde m'embuent les oreilles. Me penses-tu quand c'est dans tes mains que s'endort la moitié de moi. Puis j'ai rêvé aussi de mélodies entraînantes, de pianos luxueux, pas très bien accordés, mais qui jouaient malgré tout divinement bien, comme les cordes qu'on a dans le coeur. On ira voir le désert demain, si tu veux, puis nous irons trouver des fractions de joie de vivre éparpillées pour les amonceler comme un trésor. Sous un nouveau jour. Pour nous. Regarde, les heures tournent et le cirque du monde continue.

 

 

Lundi 17 Juillet 2006, deux heures quarante

 

J'ai tant pensé, et si peu écrit. Je cherche la sincérité et ne la retrouve pas, sous un amas de feuilles et d'artifices. La confusion régnante. Je me cherche moi-même, sous l'écorce, je cherche cette émotion dénuée de soupçons, cette vérité comme un éclair. C'est ma présence en société qui me nuit et me voile.
Je cherche, dans les lignes d'autres poètes, de quoi raviver cette flamme qui n'a plus à faire ses preuves pour montrer qu'elle existe. Dans le tourbillon, dans la tourmente, je crois que ce que je recherche, c'est un peu de silence.

 

 

 

J'ai une énorme boule dans le ventre, je n'arrive pas à la faire sortir pour le moment.

 

Dimanche 02 Juillet 2006, une heure quarante

Ce soir, rien à faire. Alors je bois (un peu) et je prend des photos. Episode banale d'un type (un peu) trop narcissique et qui s'ennuie. Heureusement que personne ne passe par ici.

 

 










 

 

Dimanche 18 Juin 2006, trois heures et demie du matin

 

Je rêve d'une musique neutre pour apaiser les jours.


J'ai parfois de ces frissons qui me parcourent la nuque, et j'entre dans le délire. Persécution, abandon. Deux peurs qui n'ont sans doute pas de raisons d'être, mais je les sens parfois en moi resurgir. Soutenez-moi, car je suis seul. Ô je n'ai pas besoin de grand-chose, peut-être des doigts qui miment le piano, de l'indulgence. De la présence, surtout. Je vois bien, il n'y a personne. Soutenez-moi, car je suis seul et je reprend ma route.

 

Seul, dans le noir. J'ose un pas. A ma droite, à portée, un arbrisseau. Je l'entend se balancer légèrement. Et bruire. Un vent léger, frais sans être froid. Je tourne mes yeux vers le haut. J'y vois un ciel étoilé. La lune, un étroit croissant, entre elle et mes yeux, des nuages, frêles, qui la cachent par instants. Je reste, à regarder. Je suis debout. J'entend le bruit d'un torrent, au loin, très bas. Mes yeux se font à l'obscurité. C'est un chaparral. Cet endroit m'est familier. Je ferme les yeux.

J'entrouvre les yeux. Je vois des lignes lumineuses, des scintillements. Des cierges. Un silence. L'odeur des encens me vient avant que j'ouvre les yeux entièrement. Je suis assis en tailleur, la tête inclinée vers le bas. J'aperçois des stries, c'est un carrelage. La pierre. Je lève mon regard, j'aperçois un autel, des fleurs. Des réceptacles en cuivre. L'endroit est vide, mais il était peuplé sûrement, il y a encore quelques minutes. J'entend une voix extrêmement bienveillante de femme, derrière moi. Je ferme les yeux.

J'entrouvre les yeux.

 

 

 

Vendredi 16 Juin 2006, une heure du matin

 

Comme un papillon de nuit est attiré par une flamme. Toi aussi, es-tu un oiseau de nuit ? Où vas-tu, quand le soleil se retire ? Quelle piste vas-tu suivre, quand le dieu a éteint le monde, a rallumé les imaginations ? Quel est ce voyage, dis-moi. Il me semble que je ne te connais pas. Comme tu sembles toi-même ne pas te connaître. Sitôt que la lumière s'estompe, tu sembles t'évaporer. Qui es-tu, derrière le rideau ? Farouche, étincelante. Amoureuse de la mort. Accablée déjà par la vie, ne sachant vers quel point de l'horizon tourner les yeux. Te laisses-tu vaincre par la peur, imagines-tu des forces abstraites tracer un cercle de craie noire autour de toi, afin de circonscrire ton existence ? Et cette frontière, est-elle franchissable, n'est-elle pas qu'un dessin sur le sol. La peur de l'avenir semble te ronger. J'aurais, moi, les capacités de changer encore bien des choses, de les transcrire. Et de te rendre, face à toi-même, telle que tu es, en baissant les bras, en rompant les armes et les artifices. Car il me semble que tu n'es pas encore éclose. Peu sont ceux qui auront la chance de s'extraire de leur conformité, de leur fade doublure. Presque tous sont uniquement le produit inconscient du désir des autres, de l'uniformité ambiante, et ne sont pas eux-mêmes, mais des machines à mimer la vie . Mais toi, tu sembles perdue dans l'entre-deux, dans le brouillon. Pas tout à fait toi-même, pas tout à fait comme les autres. Mais je crois que ton coeur a déjà choisi quelle direction il voulait prendre.

Celle de la nuit, qui prépare doucement le lit du soleil.

 

 

Vendredi 16 Juin 2006, minuit trente

Après les lieux, juste au-delà de la frontière adorable, se situait, absconse, la poudre aux yeux sur le point de se dissoudre. Mais, comme un désastre inaccompli, elle regardait, disjointe, se faire et se défaire les fleuves. Il en va ainsi des condescendances, et des appui-têtes. Et comme un soleil ignifugé, se rompait tout en redescendant, trois milles chemins d'un bonheur qui n'allait, décidément, nulle-part. Sous un ciel inutile, se fabrique l'averse...Sur le point de, sur le point de... Le voici donc ce secret qui, comme un éventail, se déploie et se referme tout à la fois dans son illusion d'optique, avant de réapparaître sous un autre visage. Ah mais qu'elle est belle, cette folie régnante. Il était temps, me disais-tu, qu'enfin il pleuve quelques larmes sur ses voeux-là. Somme toute, la nuit devient confuse.

 

Je décèle une telle tristesse dans ton regard. D'où vient-elle ? Il semble y avoir un long secret en toi, profondément enfoui. Moi qui ne t'ai pas beaucoup vu jusqu'à présent, car tu te caches tant, je le vois bien maintenant, cette tristesse, à laquelle je n'avais sans doute pas suffisamment prêté attention. Est-ce ma faute, est-ce mon influence ? Mes mots ? Je crois que oui, un peu. Mais je ne suis peut-être pas la seule cause. D'où vient cette mélancolie enfouie ? Dont tu ne sembles, toi non plus, ne pas très bien en connaître l'origine. Sans doute est-ce assez flou, mystérieux. Est-ce une ancienne promesse, non tenue ? Et qui t'aurait plongée trop tôt dans la désillusion ?
Mais je crois que cette tristesse dans tes yeux m'attire.

 

 

 

 

Jeudi 8 Juin 2006, vingt-deux heures trente

 

 




L'espoir


Souvenir d'une exposition


Lignes




Un de mes livres

 

Jeudi 8 Juin 2006, seize heures dans l'après-midi


Évocations

 

Je songe à nouveaux à des paysages oubliés. Je pense avoir, malgré moi, pendant trop longtemps, mis de côté des choses qui m'étaient essentielles. Était-ce par lâcheté, faiblesse... Je crois que c'était plutôt par abandon. Un abandon qui prenait la forme vague d'une attente de la mort. J'avais perdu une part de moi. Peut-être, la seule part qui était vraiment moi, pour me confiner dans cette carapace sous laquelle s'enroulent les gens qui ne savent plus aimer et qui, indistincts, rejettent dans le puits intérieur ce qu'ils sont et tout ce qu'ils ont de véritablement unique et précieux. Ils deviennent argile durcie, cassante, sèche.

J'étais plongé dans l'habitude, dans un état de semi-oubli de la valeur sans mesure de la vie. Mais le passé, je le laisse là où il est. Il faut sans doute avoir pris conscience du vide pour apprécier la richesse et la variété, ainsi que l'infini promesse de bonheur qui vient briller, sans bruit, à notre fenêtre, ainsi qu'une espérance que nous ne distinguons pas toujours.

Nous avons si peu de certitudes en ce qui concerne la réalité des éléments, et ces sentiments font que l'univers entier pourrait devenir une simple évocation, inerte quand on ferme les yeux. Il est possible de réduire le monde à un souvenir. Il m'est arrivé de fermer les yeux, pour retrouver le simple plaisir de les ouvrir à nouveau, et d'être resté longtemps dans l'ombre pour mieux appréhender le soleil.

Et mon coeur, que je croyais vide, s'est révélé bien plus vivant que je ne l'aurais crû. Il existe des miracles en ceux qui ont toujours ce pouvoir d'aimer. C'est sous le soleil du désir que réapparaît le vrai visage du monde. Ce monde qui n'a alors plus besoin de mots pour justifier ou prouver son existence. Un lieu où existent toujours l'ennui, la tristesse, le tout mélangé à ce bonheur mystérieux, impalpable et pourtant familier et tellement présent.

Il n'y aura plus "un jour", ni même un passé à regretter, il n'existe désormais que le maintenant, tel qu'il me vient, et je ne demande rien de plus.

 

Je songe à nouveaux à des paysages oubliés. Je me vois moi, auparavant, à la poursuite de l'horizon. Je me rappelle les nuits que je passais accoudé à ma fenêtre, regardant la neige scintiller sous la lune. Et je m'émerveillais de voir que sous la lueur de cet astre nocturne, le paysage n'est plus le même, la vie n'est plus la même car elle n'est plus illuminée par la même source, elle est autre, et sa lumière blanchâtre racontait une tout autre histoire. Une histoire en noir et blanc. Je me souviens bien de cet émerveillement de la découverte, des commencements.
Puis j'avais refermé le rideau. Comme on referme un bocal et que les plantes qui y sont encloses, lentement périssent. Et ce que j'étais avant n'est plus. A la place, j'ai eu cette terre nouvelle, ce terreau enrichi de l'engrais de tout ce qui en moi a croupi. Dans cette nouvelle terre les végétaux poussent plus grands encore, plus vigoureux et, comme les arbres, semblent être là depuis toujours et voués à ne jamais disparaître.

On apprendra que les arbres peuvent être coupés par les ennuis qui nous assaillent, que les montagnes elles-mêmes peuvent rouler dans l'eau et se fondre dans les profondeurs de l'océan. Pourtant, à-côté, un rameau à déjà commencé à fleurir et annonce ma destinée.

Pendant tout ce temps où j'étais dans le noir, j'ai lancé vers le ciel cette lente promesse, cette graine prête à germer pour l'avenir. Là voilà, qui vient me rendre mon soleil que j'ai tant mérité.

Ainsi, ces paysages oubliés sont à nouveau devant moi, tels que je les avais laissé. Ils n'étaient jamais bien loin. Ils ont même quelque chose en plus maintenant. Et les choses qui m'étaient impossibles ne le sont plus.

 

 

La vie se mange avec les yeux.

 

 

 

 


Puvis de Chavannes - Le rêve

 

Lundi 29 mai 2006, deux heures et demie du matin

 

 










Et moi je jouais à ce jeu stupide, de celui qui se pose des questions. À être celui qui doute, qui est perdu.

Et si mon salut venait d'elle ?

Mon bonheur ne viendra pas de moi, seul. Rends-moi heureux.

Détruis ce mur qui circonscrit mon existence.

Voilà déjà mille ans que je pense être mort.

Vivre comme si nous étions morts, n'est-il pas là, le secret ?

Le secret pour passer les frontières ?

Dis-le moi, que ce n'est pas une illusion.

Il n'existe pas de banalité. Rien de ce qui vient de toi n'est banal à mes yeux. Tu transfigures les choses.

Réapprends-moi les choses simples. Ouvre mes yeux.

Maintiens cette flamme animée. Fais-moi devenir.

Je suis prêt.

Je suis prêt.

 

 

Pour apprendre à aimer, il nous faudra d'abord tuer l'amour.

 

Un rien vaut mieux que deux tu l'auras.

 

Dimanche 28 mai 2006, aux environs de quatre heures du matin

 

Il m'arrive peu souvent de me plonger dans le passé. D'y songer, comme une idée vague qui s'évapore aussi sec, oui, cela m'arrive continuellement. Mais d'y plonger véritablement, de me rappeler, de me souvenir, cela ne m'était pas arrivé depuis long.

Je me sens loin de moi. Je me sens loin des choses. Je ne sais pas si je suis en mesure d'écrire. La vie est devenu un rythme lent. J'attend. Je n'ai, actuellement, pas d'amis que je vois. Je flotte. Je réfléchis puis, comme je vois que cela ne sert a rien, je laisse aller. Le dos de la main sur le fleuve. Il me semble que je vois la vie de loin, ce que j'étais, ce que j'ai vécu, tout est ça est parti avec l'onde.
C'est Florian qui me racontait ça l'autre jour, et sa phrase m'a marqué. En avançant, la vie devient une sorte de rêve. Les jours défilent.
Je n'y saisis plus rien. Je me demande, à vrai dire, ce que je fais encore ici. Tout me semble si dérisoire, et perdu d'avance. C'est tragique de penser comme ça.
Je relis parfois ce que j'ai écrit et, au fond de moi, je ne sais pas si j'aime cela. Je ne sais pas si j'aime ce que j'ai écris.

Je me sens comme un spectateur, seul, enfoncé dans son siège, dans une salle de cinéma déserte, dans le noir. A moitié endormi, entre deux mondes, jamais tout à fait éveillé, jamais tout à fait en sommeil. Et je regarde l'écran de la vie, les images défilent. Certaines retiennent un peu mon attention, certaines sont tristes, mais aucune larme ne coule. Les émotions ne sont pas vécues de l'intérieur, elles s'éteignent tout en apparaissant.
Je ne regrette rien, je n'ai pas de remords. J'erre. Seulement.

L'avenir est déjà derrière moi.

Mais peut-être que tout cela, ce n'est qu'une part de moi. Et je ne vois qu'elle.

J'ai toujours les solutions. Mais les solutions elles-mêmes ne sauraient plus me sauver.

 

 

 

Je plonge une main dans le panier à bijoux et à babioles, et je fouille. Je recherche ce qui pourrait bien me sauver. Je trouve une sorte de coquillage bleu, à l'apparence banale. Je le tourne entre les doigts, je pense. Me vient une idée, je l'approche de mes yeux, et je regarde dedans. Et, quoi ? Une longue plage devant moi, les pieds nus dans le sable, je marche.

 

 

Accéder à la page 02