JOURNAL

 

ICI JE SUIS LIBRE

De choses et d'autres.

 

 

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Ce que disent sur nous les gens dans notre dos a toujours une part de vérité, voilà pourquoi on ne le supporte pas. (à-moitié copié sur Wilde)

 

J'ai eu une illumination
J'ai découvert que j'étais spectateur de cette vie
A chaque seconde
Je voyais toutes ces choses, oubliant
Qu'elles étaient aussi faîtes pour moi
Que j'y avais droit
Que je n'étais pas voué
A la vie clandestine perpétuelle
Prisonnier
Délivrance

 

 

Nous en avons connu des nuits orageuses.

Un matin le vent frais soufflera sur nous. Nous serons ensemble. Nous ne serons plus tourmentés.

 

 

Il y a en moi deux choses éternelles : Dead Can Dance et Charles Baudelaire

 

 

Je veux être pleinement malheureux quand je le suis.
Pleinement heureux quand je le suis.

Je veux réagir spontanément aux fluctuations intérieures. Passer de la joie aux larmes aussi vite qu'un enfant.

Je veux qu'on m'apprécie pour ce que je suis. À savoir un tempérament difficile et complexe.
Ou bien, ne pas m'aimer du tout.

Qu'importe.

Je peux être terriblement ténébreux. Je peux être le contraire.

Le fond de moi n'est pas malsain.

Ceux qui me connaissent le savent.

Paraître malsain ne me dérange pas.

C'est l'inverse qui me dérangerait.

Les hommes de bien n'ont pas toujours l'apparence des hommes de bien.

Bien que je ne sache pas véritablement si je suis un homme de bien.

Et j'en ai rien à faire d'ailleurs.

Chercher à être un homme bien c'est, par définition, ne pas l'être.

On ne cherche pas ce qu'on a déjà.

On trouve.

 

 

Le poète doit énerver le monde.

 

 

 

Vendredi 20 Octobre, une heure quarante-trois du matin

 

Pour une fois je dirais quelques petites choses.

L'étranger. Voilà une idée qui pourrait me réconforter ce soir. Voilà aussi ce que je suis, ce que je me sens être. Je n'aime pas l'argent. Je n'aime pas non plus la reconnaissance sociale. Je n'aime ni me montrer, ni me sentir meilleur que les autres. Je le fais pourtant de temps en temps, et je m'en veux à moi-même de faire cela. Je préférais autre chose. Je ne peux pas travailler, les récompenses ne m'intéressent pas. Je peux m'y adonner un temps, mais au fur et à mesure j'y perds mes forces, je m'ennuie. Incapable de réelle ambition.
La littérature en général ne fait que dans la littérature, c'est à dire dans les mots, et souvent cela ne me touche pas. Ou bien c'est surexcité, ou prétentieux. Ou ça cherche la phrase parfaite, pointue. On pond des citations pour trouver la gloire instantanée. Gloire de minable.
Quant à moi, 25 ans, et déjà mort. Mort pour avoir trop cherché la vie, va savoir. Mort car je ne parviens pas à être. Car je ne suis rien, et pas mal de choses à la fois, un être diffus, en décomposition lente. J'ai parfois des éclairs bizarres.

Mais si au moins je trouvais cette vérité de moi de temps en temps. En continu. Si je pouvais arrêter de me mentir. Mais c'est le monde qui nous apprend à nous mentir. Sans doute ai-je le privilège de m'en rendre compte, parfois, quand j'ouvre un oeil.

Je cherche, partout, dans les livres, dans ce que disent les gens, une chose dans laquelle je pourrais me retrouver. Je ne me retrouve dans rien. Ni dans la télévision d'ailleurs. J'écoute des discours qui ne me concernent pas. Et quand les choses devraient me concerner, la poésie par exemple, l'écriture, c'est pareil. Je n'ai pas d'idole vivante. Je ne me repose que sur moi-même et c'est bien difficile, croyez-le. Car je suis plutôt fragile, pour jouer le rôle de point d'appui.

Je suis hors de la vie pour de bon. Ce n'est pas une blague de poète maudit. C'est la vérité. Je suis ensorcellé. Et je crois que je perds mon intelligence. Drôle de feu d'artifices mouillé, voilà ce que je suis. Une promesse qui n'a pas été mise à exécution. Je mime la vie du matin au soir, faisant semblant de tout.

J'assiste à mon propre crépuscule avec une joie malsaine.

Le matin quand je me réveille, je laisse mon moi au fond de mon lit, sous la couette. Je pars, somnambule, en attendant le soir, récupérer ce qu'il reste de mon esprit.

Ce que les voleurs ne m'ont pas encore pris.


Je m'invente deux ou trois espoirs, en lesquels je crois, le temps qu'ils durent, jusqu'à ce que je me rende compte qu'ils ne sont que ceci, des espoirs.

Jamais je n'ai entendu mon père, ni ma mère parler de sentiments, de désirs propres. Jamais non plus, je ne me suis senti soutenu dans quoi que ce soit par eux. Mise à part ma deuxième soeur, celle qui habite à Marseille. La seule en fin de compte qui se soucie de mon sort. Celle qui n'a jamais pu travailler, et qui est malade. La seule qui ait un Coeur. J'ai une part d'elle en moi...

Deux forces contraires, continuellement au fond de moi qui avalent mes forces, et qui m'empêchent de voir le monde et d'être.

J'ai parfois des disputes avec les gens, mais très peu. Hélas.
Mais la vie est aussi dans les disputes, dans les tensions. J'aime me disputer car cela me montre à moi-même qu'il subsiste encore un peu d'énergie vitale. Oh je ne crie jamais, dans la vie. Je ne dis pas grand-chose. Quelqu'un qui marche dans le sens contraire du monde, ça ne devrait pas exister.

Peut-être que bientôt je ne sentirais plus rien. Peut-être serai-je amorphe, encore plus qu'aujourd'hui. Peut-être, au contraire, arrivé au bout de mon atonie, je toucherai de trop près la mort et que je reviendrai à la vie. Sans doute pas, j'ai déjà essayé cette stratégie.

C'est un rêve supplémentaire. Comme si je n'en avais pas assez. Qui se soucie ? personne.
Plus de goût pour rien.

Heureusement, maintenant, j'en suis arrivé au stade où je peux appréhender la mort de manière lucide et sans grande gêne. De la peur, oui. J'en ai encore. Beaucoup (une flamme que je n'aurais pas encore étouffé ?). De la crainte. Peur des relations, des sentiments. Des corps. Des conflits. Peur de la vie en fin de compte. Je parle seul, dans un puits, avec ma voix en écho pour unique présence, comme un mirage horrible.
Le mur est devenu trop haut, je crois que je n'en sortirai plus.

Des plaisirs, des joies, j'en ai peu. Je n'en ai pas. Je ne connais pas. Je ne suis pas encore venu au monde. Je ne sais plus pleurer non plus. J'aurais voulu créer quelques lignes qui valent le coup, mais elles ne sont pas à la hauteur. À quelle hauteur ? pourquoi parler de hauteur ? si seulement elles étaient fidèles à ce que je suis comme je le souhaiterais. Je ne voulais pas tricher. J'ai triché, pourtant.

Je remue ma peine au fond de moi, comme dans un creuset, jusqu'à la réduire en poudre obscurcissante. Où est la fée qui m'a promis un jour que la désespérance ne serait jamais pour moi ?
Moi-même je suis corrompu, maladif. J'ai perdu mon rêve, toute beauté.

Contre quoi se révolter ? Contre les moulins à vent ? Je n'en ai plus la force. Je ne crois plus au genre humain. Il me lasse. Le ciel lui-même me lasse.
Je n'ai de la joie qu'un lointain souvenir. Je suis là où je n'aurais jamais voulu être. Je suis là où je me suis rendu par ma propre volonté. Sans doute m'y a-ton poussé, un peu tout de même.

Je me soucie peu.
Je suis passé d'erreur en erreur. De la nuit vers une autre nuit. Cette vie est déjà révolue. Je devine déjà mon avenir, il me semble que tout ce qui m'y attend m'est déjà connu. Déjà vécu avant l'heure.
Je vais mourir à petits feux, comme j'ai déjà bien entamé le processus. Des petits feux avec parfois des étincelles fragiles qui seront vite oubliées. Je veux la mort, je l'attends. Voilà mon vrai désir au fond. Désir ignoble de celui qui s'est laissé vaincre par ce qu'il déteste.
Les musiques entraînantes n'ont plus que de maigres effets sur moi. Un semblant de joie sur un esprit épuisé de retourner toute sa force contre lui-même.

 

J'ai broyé le soleil quand j'avais dans les mains.

Et pas qu'une seule fois. Toute ma vie, je n'ai fait que ça.

Pourchassant un mirage.

 

Mais j'aimerais faire un voeu ce soir.... Je serai maintenant fidèle à moi-même. Peut-être pas tout de suite, je veux dire, pas d'un seul coup...Mais un premier lancer, pour commencer. Je ne dirai non pas ce que les autres attendent de voir de moi. Je désire être vrai. Il fût un temps où je ne croyais plus en cette vérité, où je me l'imaginais comme ceci... comme une pure élucubration de l'esprit. Maintenant j'y crois. Fidèle à soi. À son ressenti, quitte à ce qu'il n'y ait aucun ressenti. Accepter la mort et le seul moyen de faire entrer un peu de vie dans son coeur. La lumière n'en a que faire de vivre, si elle n'a pas l'ombre à ses côtés.

Je veux être celui qui n'a rien à perdre. Celui qui n'a plus à faire ses preuves, ni à justifier son existence, ni à justifier ce qu'il est. Justifier ce que nous sommes est la pire des rémissions. C'est le jeu des vrais morts. Je veux vivre tout en sachant que je suis mort. Je veux dire, non plus mimer la vie, mais accepter l'ombre comme une fidèle accompagnatrice. Pour ne pas inonder d'une fausse lumière ce puits où il n'y a que la nuit.

 

Je préfère être un champ de ruines, plutôt qu'une peinture faussement réjouie.

 

 

 

 

Face à mes démons.

 

 

Il fallait atteindre 100 degrès, pour que l'eau bout... 99 ne suffisaient pas.

 

 

 

 

 

 

Je me suis privé des plus grands bonheurs, afin de pouvoir les chanter.

Comme un prisonnier chanterait la liberté.

Voilà mon secret.

 

 

 

 

 

L'homme qui marche, lorsqu'il se prend un pigeon dans la gueule, fait comme si de rien n'était, si ce n'est ce léger frisson qui parcourt sa nuque, sensibilisée par un million d'étreintes.

 

Ta véritable beauté naît, à mes yeux, lorsque, le visage encore essaimé de maquillages divers et variés tu décides, soudain, d'abandonner là, dans un pli de la nuit ton désir de plaire et que tu avoues, dans un murmure tremblant, que tu plais déjà, déjà et depuis bien longtemps même, quoi que tu puisses faire... Quant à moi, je ne suis jamais aussi roi que lorsque je me défais de ma couronne.

 

 

 

 

Étrangère à mon rêve, clandestine
Capricieuse et cruelle, divinité de sel
Aux reflets auréolés des ors factices
Douloureuse et lascive, ignorante
Indécise et pleurante, sans écho vibrant
Dans les couloirs de mes propres nues ô convalescences
Mon esclave ma perdition le trésor muet qui me ronge
Mon miroir qui ne me réfléchit plus ô mon souvenir
Que je tente de ranimer vieil incendie vieux crépuscule
Ancien rêve des dieux endormis, les paumes de tes mains
Qui recèlent les trésors dont je rêve, sommeil sans rêves
Beauté fertile, étincelle dérisoire, mon obstacle, mon travail
Ce qui sans cesse va mourir tout en renaissant
Ma gêne, mon mépris ma peur, mon paradis

 

 

 

J'aurais pu répondre au téléphone
J'aurais pu chercher la jouissance
J'aurais pu, aussi, comme les autres
Mettre mes plus beaux joyaux
Montrer mes plus beaux atours
Mais non ce soir
Comme les autres soirs
Je ne suis pas pressé de mourir
J'ai seulement envie d'être moi-même
Avec toi
En pleine nuit
Avec cet incendie qui ne dit pas son nom

 

Tu auras mon amour
Qui est comme aucun autre
Il parcourt le monde
Il ne dure pas qu'une seule seconde
il s'adapte aux gestuelles
Aux mouvements divers et variés
Il va plus loin que le silence qu'il habite
Il peut être féerie comme il peut
Devenir enfer sublimé
Mon amour te renversera
Il est comme aucun autre

 

J'aurais pu aussi écrire un chef d'oeuvre
Trouver les tournures parfaites
Je sais, j'en ai la capacité je crois
Mais je n'en ai pas l'envie
Pas ce soir
Je garde l'apothéose pour plus tard

Mon or est tout simple
Il ne cherche pas à faire ses preuves

 

 

J'ai voulu écrire mille mots
Des féeries par milliers sur le point de venir au monde
Mais je suis accablé et malhabile, inondé
D'un million d'émotions contradictoires
De doutes et de ressacs
Mes mots maladroits
Écrasés sous leur propre poids
Je me suis retrouvé seul face au néant
Mais j'ai compté sur lui sur le silence
J'ai voulu qu'il exprime à ma place
Ce que moi-même je ne sais taire
Ni exprimer

 

Dans tous le fatras
Je n'ai pas trouvé ma vérité
Je n'ai trouvé qu'une émotion fragile
Enjolivée d'arabesques et d'autres futilités
De jolis mots qui n'étaient pas ce que j'étais
Alors
J'ai rendu les armes
Au lieu du poème magnifique que j'espérais
Je n'ai trouvé qu'une plage inerte
Sur laquelle je me suis étendu
Regardant la voûte étoilée

 

 

 

 

 

J'aurais voulu me battre pour une cause. Mon problème est que ma cause elle-même à une cause, qui a aussi une autre cause, encore différente de la cause qui la précède. Au final j'en suis arrivé à la dernière des causes, à savoir l'existence de l'être humain. Comme je ne peux rien faire contre ce problème-là, j'ai arrêté de me battre.

 

 

 

Je sens l'ennui qui m'environne
Tournoyer comme un esprit malsain
Autour de moi
Une chanson mélancolique
Vient frissonner dans mes rideaux

Je me poste et je rêve
Au-dedans de ma nuit
J'aurais voulu t'écrire un beau poème
Mais ce soir
Je n'ai pas de mots

 

 

 

 

Le monde n'a jamais été autant religieux et à la fois, il n'a jamais été aussi peu spirituel.

 

 

 

Je suis la lune oubliée qui te caresse sous les ailes, ce vague soupir qui va disparaissant, sans bruit en direction de ta nuit. Je suis tes anciennes vapeurs descendues du ciel et que tu as toi-même laissé retomber dans la rue, je suis celui que tu as oublié depuis des lustres. Je suis cette vieille étoile qui brille au conditionnel, qu'on ne voit plus souvent se distinguer des autres, dans tes yeux, je suis ce jeu désuet qui ne t'amuse plus, celui où tu joues avec tes mains attentives, à former des losanges avec tes doigts. Je suis ce souvenir impalpable, cette cellule grise dans ton cerveau qui ne se souvient plus de ton rêve, cette boîte d'allumettes vide qu'on a trop frotté, qui ne sent plus le soufre, ce reste de bois mouillé, autrefois grand incendie dans ta vie minutieuse... Je suis ces pantoufles poussiéreuses abandonnée sous le lit, dont on ne veut même plus le matin pour aller manger les biscottes (à la confiture de myrtille). Ce secret ressassé trop de fois et qui n'en est plus un, ce visage qui te fait mille et une grimaces et qui ne t'émeut plus, ce cendrier qui n'a pas été lavé depuis des semaines, ce rideau de douche où se sont agglutinées nos saletés, résultat de milliers d'heures passées à nous promener entre les trottoirs parisiens et les pollutions diverses et variées, en corolle déployées sur la peau comme des iris noirs de crasse.

 

 

Mercredi 06 Septembre, une heure et dix neuf minutes

 

L'image mouvante...des petits feux dérisoires à 25 images par seconde.
Voilà où me draine la foule de mes pensées de mes espoirs qui me consument.
Des séquences qui se suivent... je m'imagine ça une grande salle noire avec de l'émotion palpable
Et des fourmis dans les tous les membres.
J'ai peut-être frôlé l'étendue magique.
Jamais l'autre n'aura touché l'illusion des choses comme je souhaiterais le faire...
Voilà où les chemins me mènent...illusion parfaite, des séquences qui se suivent.
Voilà où tous les chemins de ma vie se croisent, l'axe central, une caméra à la main, une histoire...

 

 

 

 

Pour une fois, on me verrait presque sourire (29/31 août)

 






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

Jeudi 31 Août 2006, 4 heures 19 du matin

 

Voilà, enfin, une période s'achève. Nouvelles métamorphoses.
Il y a quelques jours voilà ce que je disais à un très cher ami : La solitude, je la connais bien...je suis presque un expert en la matière, on pourrait dire. Mais maintenant, je suis épris d'un désir fou de présences humaines. A foison. J'ai creusé jusqu'au dernières limites le puits de la solitude, afin de ne plus avoir à y retourner pour tout le reste de ma vie. Un temps, j'ai chanté les heures solitaires, calfeutré le mur qui me séparait des autres. J'ai creusé la terre de l'isolement comme on creuserait sa tombe. Je ne parlais avec les autres qu'à contre-coeur. Même au milieu d'amis, je me surprenais à bailler et à sombrer dans une même rêverie, celle de l'attente, celle du moment où enfin je pourrai retrouver ma solitude contemplative.

J'ai envie de foutre en l'air les mélodies laborieuses.
Je rêve d'un nouvel air.
J'irai crever bien avant en hurlant ce que je désire, plutôt qu'en criant contre ce que je n'ai pas.
Je prends conscience de ce que je suis, sans oublier que je ne suis pas grand-chose, je veux prendre conscience de tout ce que j'ai accompli, qui n'est pas rien.
Ma personnalité que j'ai fabriqué pendant ces milliers d'heures de solitude et qui maintenant appelle la lumière du jour à pleins poumons. Si je reste seul, tout ce que j'ai fabriqué tombe en miettes.
Je veux devenir, sinon libre, du moins, délivré... chaque jour un peu plus.
Je veux être moi, demain plus qu'hier, être moi, c'est à dire... cet être changeant. Continuer dans ce que j'ai commencé, c'est à dire être ni écrivain, ni artiste, ni dessinateur, ni peintre, ni musicien, ni rien de tout ça... je veux être tout et rien, être moi, que ma personnalité suffise. Fais chier les étiquettes.

Enfin, je veux faire ce que je dis, au lieu de parler dans la nuit. Marre des vains voeux. Marre d'avoir toutes ces solutions et de n'être pas en mesure de les appliquer sur moi-même.

Auparavant je chérissais les nuits car chacune était un plein trésor. Je souffrais le jour mais ce n'était rien, en comparaison à cet épanchement nocturne, cet émerveillement des premiers moments. Je me sentais heureux lorsque j'étais seul. Maintenant à force de tourments je suis moins moi-même, chaque jour m'éloignant un peu plus, jusqu'à ne plus rien y trouver, dans la solitude. Alors... Il a fallu faire des efforts immenses car j'ai voulu vivre, malgré tout. Ne supportant plus la solitude, supportant mal les présences tout à la fois, je ne vivais plus guère...je subsistais...entre deux mondes, fuyant l'un, apeuré par l'autre. A la place d'une belle terre promise j'avais eu droit à un bel enfer.

Je veux la magie renouvelée. Je veux me fondre dans la poésie sans y mourir. Retrouver ce soleil après avoir suivi ses traces. Ce rythme qui fait danser la vie, qui lui fait taper des deux pieds sur le parquet. Je souhaite aller plus loin que la vie courante, plus loin dans l'enfer, plus loin dans le paradis.

 

 

 

 

 

 

 

Marre des dépressions de cafard. Je veux être heureux. A jamais... Etre heureux comme jamais, retrouver ma nature.

 

 

 

Une phrase parfaite, de Montherlant : Presque toute vie d'homme est corrompue par le besoin qu'il a de justifier son existence.

La vie n'a qu'un sens : y être heureux. Si la vie n'est pas synonyme de bonheur, autant ne pas vivre.

 

Suffit ! la recherche de la beauté. Suffit l'embellissement. Les phrases bien torsadées, bien tournées. Fini les mots d'amour, les complaintes tristounettes. Je prends les choses à mon compte. L'espoir déçu que je mettais dans les choses se changera bientôt en révoltes. J'aurais pour moi la force des mots. La poésie noire et scandaleuse. J'aurai la beauté noire, celle qui ne promet pas de lumière, celle qui va chercher sa matière là-bas, au loin, jusque dans la mort... Je l'aurai comme grande inspiratrice. Une existence normale, un lit de qualité, une demeure à soi bien morte et bien ordinaire... Je me mettrai du côté des fous, des abîmés. En clair, j'aurai pour moi une longue vengeance à cause de mes espoirs déçus, j'irai chercher tout ça jusqu'au fond des ténèbres . Je serai du côté des vaincus, mais je crierai quand même...

 

 

Je me ferai haïr du monde entier, je serai seul contre tous...Je montrerai un faux visage, celui de la révolte noire, je montrerai un faux visage, pour ne pas me faire aimer... Je serai horrible et magnifique à la fois, et puis surtout, je mettrai les gens en face de ce qu'ils sont, ou plutôt, chacun croira y voir un autre parce qu'on ne s'imagine jamais soi-même aussi dégoûtant. On ne s'imagine bien plus beau qu'on ne l'est vraiment, comme un maquillage magique... Je serai horrible parce qu'il n'y a que comme ça que je peux écrire. C'est ce qu'il y a de marqué partout autour de soi, en filigrane, derrière les mots mielleux, il y a des choses pas très belles. Pas buvables. J'irai chercher la vie tout au fond, tant pis pour ceux qui ne me croiront pas, ceux qui ne m'aimeront pas, tant pis...

 

 

 

Dites à votre enfant "ne mets pas ta main derrière" et vous ferez de lui un ouvrier.

Dites lui "Mets ta main devant" et vous ferez de lui un chef d'entreprise.

 

 

I

 

Un matin, nous irons retrouver quelque part
Des morceaux de vérité éparpillés dans les herbes hautes...
Alors, fini les délires, les jeux vidéos, les yeux
Qui s'esquintent sur les écrans, les amours patraques
Les fantasmes et les rêves échafaudés, les attentes de rien
Les jeux des adolescents qui ne veulent pas grandir
Les longs ennuis et la peur de vivre de construire et d'être
Nous irons un matin
Trouver une part de la vérité
Échouée à nos pieds
Et nous nous verrons dedans comme en un miroir
Nous comprendrons que nous sommes passé à côté de la vie
Ce jour-là
Nous cesserons enfin de nous mentir à nous-même
Et pour cause
Nous serons morts

 

 

 

II

 

Regarde au-dessus de toi la vie passe pendant que tu soupires
Il y a bien mille et une raisons d'entrer en révolte mais tu restes là
À te morfondre ainsi qu'une vieille limace encroûtée dans sa petitesse
Et rêver toujours à ce qui n'aura jamais lieu
Je n'ai pas le cafard, c'est moi, le cafard
Lèveras-tu un jour un doigt de ta main en direction de ta propre liberté
Par-delà le regard des autres, cette prison invisible
Mais non tu restes fermé et triste avec au fond de toi
Un profond désir de mort
C'est déjà ce que tu fais d'ailleurs tu creuses un peu plus la mort chaque jour qui passe à attendre
Tu attends tu ne fais rien d'autre qu'attendre
Devant la porte fermée
Cette porte qui mène à toi-même
Et que tu n'oses pas ouvrir

 

 

 

III
Les gens perdus

 

Cette société ennuyeuse, qui produit en masse
Des somnifères, dans la télévision, dans les films souvent
Et même dans les livres, de quoi nous entretenir
Dans une attente indéfinie de la vie
Cette vie qui n'est pas la vie qui nous parle un langage agréable
Paisible, avec des paradis dans tous les coins de la rue
Des promesses par millions, des enchanteurs, des magiciens
Du vacarme en continu de tous côtés pour surtout
Ne pas nous retrouver face au silence, face à ce que nous sommes
Le temps de comprendre que nous faisons semblant d'exister
Il est déjà trop tard

Et nous grandissons par millions comme des enfants abrutis et décervelés

 

 

 

IV
Et l'amour est un landau

 

Et le vent nous enlèvera bien loin
Dans une autre galaxie peut-être
Avec nos pensées, nos souvenirs
Et nos espoirs déchus
Nos pauvres cendres désabusées de nous
Notre destin malheureux, mais pas plus
Qu'un autre
Nous n'avions qu'un amour pour une existence
Celui qui brûle celui
Pour lequel tu es fait

 

 

Quoi ? on a joué au bilboquet avec mon coeur...

 

 

 

Je dois me fabriquer suffisamment de rage du fond de ma solitude pour qu'elle me dure jusqu'au crépuscule de ma vie. Une rage qui ne serait pas la haine sourde contre les hommes, une rage qui serait la locomotive. Je veux déterrer de moi le tragique, ce qui me fonde. Je veux connaître le degré ultime de la solitude pour ne plus jamais avoir besoin d'y revenir. Comme je veux tout connaître, et tout survivre pleinement, pour accumuler en moi tout cet amas immense de non-vécu. Et tout mon art consistera (j'emploie le futur car je n'y suis pas encore) à hurler la vie que je n'ai pas connu. Je ne veux pas faire que passer, je veux laisser ma trace lumineuse, électrique, pas une trace de bave d'escargot, donner un coup de pied énorme dans la fourmilière, en écrivant le livre qui sera mon livre que je porte en moi depuis toujours mais qui ne passe pas encore par la porte, pour atteindre le papier, cette piste d'atterrissage des lignes pilotes. Je dois encore le tailler, faire de la masse informe une immense demeure. Je dois enfin plaquer ma voix sur la musique que j'ai à l'intérieur, pour être en mesure d'écrire à l'infini vers l'infini. Il me faut trouver ma musique, ou plutôt, la perfectionner puisque je l'ai déjà, à l'état d'embryon malgré que je la travaille déjà depuis des années, le temps d'amasser le vivre. Je veux soulever les hommes pour regarder ce qu'ils cachent en-dessous d'eux, dire cette absurdité universelle qui n'est pas une absurdité. Ces gens qui n'ont plus foi en eux. je veux avoir foi en moi, en mon art, une bonne foi pour toutes, avec en tête l'idée de la mort et que je n'ai rien du tout à perdre, si ce n'est de n'en avoir pas assez dit, d'avoir été timoré. Je veux être seul face au monde. Seul face au paradis et lui dire non. Pousser le vice, le délire. Enrichir la scène. Seul au milieu des fantômes. Aller plus loin que le lointain. Trouver les éclairs. Mélanger le Proust et le Céline en moi pour trouver la nouveauté. Malaxer la langue, lui trouver un visage inouï. Mêler le naïf et le lucide. Je veux construire la maison que je n'ai pas. Surprendre au carrefour ma voix, ma voie. Je veux faire exploser ce qui gronde au-dedans de moi, ouvrir la cage pour que les nuées d'oiseaux aillent connaître un peu de ce ciel pour lequel ils sont faits, sous la forme d'un livre.

 

 

 

 

Mercredi 23 Juillet 2006, minuit vingt-quatre

 

La nuit

 

Il m'est arrivé de fermer les yeux. L'ombre pousse l'ombre, qui pousse l'ombre elle-même jusqu'à la nuit. C'est comme ça que le soleil se couche. Il va, il coule, ne prévient pas, il a fait son travail le soleil, il va s'étendre là bas dans son lit au loin, là où un autre jour commence. Une part de lui même s'endort avec la moitié du monde, tandis qu'une autre se ranime. Mais moi je m'endors avec la première, ici la lune prend possession de son abîme céleste. Dans l'air maintenant noirci s'agitent quelques fantômes éparses, les fées des ténèbres viennent ouvrir les yeux des hiboux, des lémuriens, des chauve-souris, de toute la faune nocturne mystérieuse qui attendait que le soir enfin lève son empire. La pupille des chats se dilate, ils chassent, non loin, des choses que nous ne voyons pas. Quant à moi je sors, les pieds nus sur l'herbe mouillée. Le monde dort-il ? Nous pensons moins, les portes sont fermées à clef. On aperçoit bien quelques lueurs derrière les fenêtres, mais le vacarme des hommes se tait, un moment l'imagination reprend le pouvoir. C'est un autre univers que nous devinons. Je fais quelques pas et j'abandonne la pesanteur derrière moi, mes sacs mouillés de chagrins et de soucis. Je laisse aux autres hommes le soin de nourrir l'épaisseur de leur désuétude et je suis seul, mais sans la solitude. Je trouve, plus loin, un grand arbre sous lequel la végétation est restée sèche, et je me couche dans ce lit végétal, comme dans la nuit. J'aperçois la lune dans sa plénitude, elle qui règne sur son ciel, entre les branches du pin cet astre blanc semble si silencieux, si discret. Elle n'a pas besoin de bruits pour régner sur son immatériel royaume. Il ne me reste plus en ce moment même, l'idée même de l'existence, le pesante existence qui a fait son temps. Il y a le soulèvement des sens, à cette heure tardive, tandis que le temps avance sans moi, je reste immobile et je regarde. Soudain, je me rappelle que mon esprit, habitué, endolori par la vie quotidienne, ne vivait plus, il subsistait. Radeau perdu, voyageur égaré passant d'une latitude à l'autre sans connaître le sens de son voyage, sous son ciel gris qui n'est plus ni l'enfer ni le paradis, mais le triste ennui, recouvert d'un verni faussement coloré. Maintenant je n'ai plus matière à m'ennuyer. Le mal s'est évaporé une nuit peut-être, dans les musiques insonores, les danses invisibles des fantômes et je devine, sous un air inanimé, comme un bonheur issu des ténèbres qui me console.
Je suis en exil.
Au loin je peux entendre plusieurs chiens qui aboient, ils semblent se répondre. Leur écho traverse la plaine jusqu'à moi. Contre quoi hurlent-ils ? Le savent-ils ? Ils aboient car il fait nuit, sans doute est-ce une raison suffisante à leurs yeux. Sans doute ont ils leur raison que la mienne ignore. J'entends le bruit étouffé d'un train de marchandises. La civilisation n'est pas loin. La civilisation n'existe plus. Elle est passée. Morte et enterrée. Un souvenir. Tout semble me comprendre, la fraîcheur de l'air elle-même semble être là pour me répondre oui, elle n'existe plus. Elle n'était rien qu'un peu de sable. Les larmes versées ici bas ont peut-être fait germer, bien loin d'ici, quelques fleurs au paradis. Et la voûte continue de tourner, tous les astres autour de l'étoile polaire, toupie infinie, ballet incessant, étrange, immense. La terre tourne elle aussi et comme les soucis, mesquins, ingrats, ne sont rien à côté de ceci. Nous sommes tous fous me dis-je. Nous sommes égarés, perdus parmi les amas de stupidités qui nous emportent dans leur manège et nous enfouissent, nous masquent l'abîme tout autant qu'ils nous masquent la vie.
Il m'est arrivé de fermer les yeux
Et de les rouvrir sous le soleil

Je devine le matin, la rosée. La nuit qui a laissé ses larmes sur l'herbe.

 

 

 

A la poursuite du Paradis

Ce n'est pas un vain voeu. Dans les couleurs et les chants multiples, dans les grandes enjambées crépusculaires. Un long rêve sans doute, qui n'a pas fini d'être. Peu m'importe la direction que va prendre ma vie, je suis allé tâter du ciel aussi haut soit-il, de même que l'enfer, aussi profond soit-il. Et pourtant, je n'en ai exploré qu'une partie, pour le moment. J'aurais voulu tout goûter de cette vie, les plus grands tiraillements comme les plus grands bonheurs. Oh je sais bien que je n'ai qu'une seule vie, j'ai choisi d'abord de la vivre à l'intérieur. Tout ça n'est qu'un rêve, me dira t-on, et nous finirons tous par en sortir. Ce n'est pas une mauvaise chose, ce n'est plus une peur pour moi. Au moins, peut-être aurais-je ce privilège de ne plus avoir peur de la mort. c'est prétentieux et surtout, je ne sais si je n'ai vraiment plus peur. On pensera que j'aurais raté ma vie, au contraire, je dirais que je l'aurais goûté, que je l'aurais pressée, comme un fruit, jusqu'à la dernière goutte. L'existence est plus que l'océan, bien plus que la voûte qui nous surplombe.

Mais je n'en suis pas à la fin. Il me reste trop de choses à accomplir. Je dirais même que je n'en suis qu'aux balbutiements. Il subsiste tant d'or, encore, que je dois déterrer.

Je connaissais la vie bien avant d'avoir vécu. Peut-être la trace, au fond de moi, de milliers d'années d'évolution.

Immense mystère de notre présence au monde. Qui devrait nous surprendre à chaque instant. Où diable est passée la sagesse ? Pourquoi tout ceci, plutôt que le néant...Au moins, avoir fait la connaissance de soi, avant de nous éteindre.

N'oublions pas que la mort chez moi n'est plus morbide, c'est tout le contraire. L'idée de la mort ne m'est ni douloureuse, ni malheureuse. C'est un mystère supplémentaire, peut-être le plus beau des mystères. Mais n'y pensons pas, pour une fois. Pensons à la vie plutôt. Bien sûr elle en a elle aussi des secrets, et non des moindres.

J'aurais acquis, peut-être, une certaine liberté intérieure. Je suis quelqu'un de libre, voilà. Pas encore tout à fait délivré, mais libre au-dedans, libre de toute exploration, de toute expressions. Un de ces jours, ma liberté intérieure prendra le jour dans ses bras.

 

 

 

 

Les jours s'en vont, la poésie demeure

 

Les visqueux, les déroutants, les omnipotents, les intrabilaires, les viciés, les criards, les reclus, les écorchés, les bandits timides, les indélébiles, les addicts, les violents, les chatouilleurs, les dérailleurs, les just do it, les incontinents, les sourds, les grognons, les moustachus, les extrémistes, les alpinistes, les schtroumphs cardiaques, les schizos, les tristounets, les fouettards, les caduques, les boiteux, les maladroits, les vieux, les vas-y-que-je-te-pousse, les alcoolos, les manchots musiciens, les papagaios, les tambourineurs, les fatigués, les endoloris, les ridés, les lunaires, les blancs comme neige, les cachets d'aspirine ambulants, les marteleurs, les rouspéteurs, les adieux-mais-à-demain-quand-même, les chanteurs à la glotte solaire, les dormeurs du val, les fleursdumaleresque, les faut-tout-détruire, les je-suis-discret-mais-j'aimerais-bien-qu'on-m'aime-un-peu-quand-même, les je-pense-qu'à-aller-au-lit, les frustrés, les résidus de leur enfance, les amoureux, les blanc-bec, les infantiles, les peureux, les cloches, les qu'est-ce-que-je-fous-ici, les claudiquants, les nocturnes, les funambules, les mimes de la vie, les pervers, les repris de justice, les peintres qui n'ont jamais touché un crayon, les écrivailleurs, les voyageurs immobiles, les miauleurs, les mariniers d'eau douce, les perles cachées sous les fards, les tousseteux, les imbéciles, les frisés, les trois-cheveux-qui-se-battent-en-duel, les déjà-morts, les ermites, les fan de, les chanceux et malheureux à la fois, les poilus prépubères, les coeurs d'artichaut, les ailes d'ombre, les je-pars-à-la-rescousse, les rejetons d'oedipe, les matelots qui ont peur de l'eau, les romantiques, les tout-est-perdu, les rigolards, les cadavériques, les gueules de serpentin, les fêtards, les blasés, les écoliers qui ont raté la sonnerie, les diaphanes, les enfants de Céline d'Artaud de Nerval de Miller, les enthousiastes, les le-paradis-c'est-ici, les voltigeurs, les amants qui ont perdu leur trésor, les peinturlurés, les multicolores, les parfumés, les érudits qui font semblant, les enfants de Rousseau de Montaigne d'Homère de Lautréamont, les révolutionnaires obsolètes, les je-veux-connaître-l'apothéose-de-la-vie, les fumistes, les désordonnés, les éperdus, les confus, les quand-dira-t-on, les je-sais-pas-ce-que-je-veux-mais-je-l'aurais, les illuminés, les orageux, les sanguins, les j'ai-à-faire, les déroutants, les poisseux, les moches, les tourmentés, les aphasiques, les fuyards, les lâches, les acteurs, les solitaires, les défaillants, les inachevés

nous sommes tout ceci à la fois, et même un peu plus....

 

 

 

 

Mardi 08 Juillet 2006, une heure quarante-deux au matin

 

FAIS CHIER CE JOURNAL DE DÉPRESSIF

 

De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie De la musique pour faire danser la vie

 

 

 

 

 

Lundi 07 Juillet 2006, deux heures trente-trois du matin

 

Je parlais bien de la mort.

Oh je me suis bien entêté.

J'ai essayé divers costumes, mais aucun ne me convenait. Oh je ne suis pas dénué de talents, j'ai été plutôt gâté de ce côté-là, si on peut dire. Quoi que ces talents ne m'aient pas servi à grand-chose, dans le sens où ils ne m'auront pas sauvé. J'ai rencontré des gens qui ont souhaité m'aider, j'ai été très chanceux finalement. Une chance incroyable. Mais ça ne suffit pas, car la vie, je l'ai déjà avalée, bien avant de l'avoir goûtée. Oh j'ai toutes les possibilités, j'aurais pu être un grand orateur, un bon chef d'entreprise (quelle vomissure), un grand musicien, un grand romancier, qu'importe. J'ai ces dons là mais je n'ai pas la volonté d'en faire quelque chose avec mes mains.

Je ne sais pas, finalement, quel jour précisément je suis mort. Cela a dû se passer à mon insu, ou lentement. Pas du jour au lendemain, ça c'est sûr. J'ai compris très tôt que crier ou appeler à l'aide ne servirait à rien. On aide pas les autres, on les détruit. Je me souviens qu'à un très jeune âge, peut-être 6 ans, j'ai failli me noyer. Un garçon de seize ans environ m'avait sauvé la vie se jour-là, en venant me repêcher au fond de l'eau. Il était le seul à m'avoir vu me noyer. Je me souviens parfaitement de moi, en train de regarder les bulles au-dessus de moi, de voir la surface des flots s'éloigner. Je ne me rendais pas du tout compte que je mourrais, ou que j'étais sur le point de. Je me souviens de la mère de ce garçon, qui était contente, pas tant parce qu'une vie venait d'être sauvée, ça elle s'en fichait, mais parce que cela lui donnait une bonne occasion d'être fière de son fiston.

À l'âge de 9 ans environ lorsque nous étions monté à la sainte-victoire avec mon père, un ami à lui et ma soeur, j'avais abandonné tout le monde pour aller embrasser la croix qui trône là-haut, sur la montagne. Je l'avais embrassée sur les quatre côtés que forment sa base. Est, ouest, nord, sud, un baiser pour chaque point cardinal. Lorsque je suis redescendu, de loin j'avais vu mon père, son visage dans ses mains, il devait penser que j'étais tombé dans une crevasse. Ma soeur et l'ami de mon père me recherchaient, ils criaient mon prénom à pleins poumons. On voit bien que tout ça a commencé très tôt. Et les choses n'ont pas tellement changées, finalement. L'argile est faîte très tôt, et ne change plus par la suite, à de vagues détails près.

Oh à mon destin, on peut y ajouter quelques grande ailes d'ombre, et bien peu de lumières en veilleuses. Qu'il est dur et long de survivre, de voir les journées s'épaissir, chaque jour comme un tissu supplémentaire par-dessus moi, tout ça pour former cette opacité, cette ombre qui me hante.

Très tôt déjà j'étais en-dehors de l'existence, un pied au-delà. Je n'ai jamais été vraiment ici. La raison en est bien mystérieuse, moi-même, je ne la connais pas vraiment. Il n'existe aucune raison à tout ça. Mais il ne faudra pas tomber des nues, ou bien alors, il fallait être aveugle en me voyant. Peut-être que je n'aime pas la vie finalement. Ou peut-être au contraire, j'aime trop la vie, et tout mon malheur viendrait de là. Je ne peux rien y faire, l'ombre est là, j'ai épuisé tous les secours. Je parais frêle sans doute, mais au fond de moi, je suis bien solide. Pardon à ceux qui ont voulu me connaître, ces personnes vers lesquelles je ne suis pas allé, mais qu'elles ne le regrettent pas, ça ne vaut pas la peine de connaître un mort. Ils auront toute l'éternité pour la connaître, cette mort, qui était là avant, et qui reviendra après nous, reprendre son domaine.

Pour le reste, je pourrais dire sans crainte que je n'aurais rien compris à cette vie. Je n'en vois pas le sens. J'en ai croisé les fleurs, j'en ai rencontré les parfums. Des plus grandioses, sans doute. Mais ça ne pèse pas grand-chose, dans la balance au final. Des fleurs et des parfums, ça pèse rien, comparé à tout le poids immense de la douleur. Un être comme moi n'a, décidément, plus rien à faire ici, dans cette époque, parmi ces gens. J'ai beau regarder le monde, je n'y vois plus l'ombre de la trace de la vie.

On pourrait penser que c'est moi qui suis aveugle. On pourrait croire que je vois le vide partout, car je suis moi-même vide au-dedans de moi. Mais ce n'est pas le cas, croyez le bien. Je crois, et j'en suis sûr même, que la vie a désertée ce monde là. Avec les dieux, peut-être. Du reste, on peut toujours s'inventer des vies, faire semblant de...Se faire une occupation. Faire diversion. Fuir. Fuir quoi ? L'ennui ? Une immobilité, un silence qui signifierait la mort ? Quelle est cette vérité que l'Homme semble fuir à tout instant ? l'idée qu'il devra partir un jour ? Ce serait trop simple, je crois que c'est plus compliqué. Il fuit, il se bande les yeux. Mais il sait bien ce qu'il fuit, cet hypocrite qui fait semblant de ne rien savoir. Ce qu'il fuit, c'est la mort qu'il porte en lui, c'est ce cadavre, cette putréfaction qui était auparavant son enfance, un paradis blanc et pourpre. Alors il peut parler pour couvrir le silence, agir, se montrer devant tous pour justifier sa présence au monde. Quant à moi, je préfère rester seul.

Seul, parce que je ne sais rien. Je ne veux rien savoir, je ne veux rien dire. Je ne souhaite même pas qu'on me comprenne. Un peu d'affection et de gentillesse, ça je crois que je ne le refuserais pas. Si cela pouvait apaiser les tourmentes, ne serait-ce que quelques précieuses minutes. Le temps que la nuit, ma seule amante, vienne me prendre. Pour le reste, je n'ai plus d'yeux pour voir, je n'ai plus de mains pour sentir, ni d'oreilles pour entendre ; je veux seulement que le rêve s'endorme dans son rêve, lui même dans un autre rêve, jusqu'à l'infini.

 

 

Dimanche 06 Juillet 2006, seize heures et demie

 

Mais peut-être faut-il traverser.

J'ai lu quelque part, qu'arrivé à certain stade de la sagesse, les rivières ne paraissent plus des rivières, on a touché à l'illusion des choses. Mais, une fois dépassé ce stade, les rivières redeviennent des rivières, et peut-être plus qu'elles ne l'étaient avant, on voit le monde sous un nouveau jour, sous un nouvel émerveillement. Peut-être en suis-je là, finalement.
Blaise Pascal avait dit aussi que quiconque n'avait pas connu ce néant que chaque homme porte au fond de lui, n'avait pas réellement vécu.
Voilà quelques paroles pleines d'espoir, et, ma foi, je serais bien enclin à les croire. Mais le vide, je veux dire, ce véritable vide, est toujours pire que ce qu'on avait crû et il me semble, malgré tout, que j'aurais préféré être ignorant de tout cela. Comme l'ignorant a de la chance ! La réflexion pose son poids sur la vie. A quoi cela sert-il de défaire, les unes après les autres toutes ces illusions qui constellent l'existence, pour après se retrouver peut-être, les yeux ouverts et lucides, mais sur le froid, sur les plaines gelées qui font tout le paysage entourant l'homme qui sait.
J'aimerais tant retrouver ces émotions qui sont au-dessus des émotions, cette plénitude. Ces chants qui endorment le monde.

Oh je n'aurai plus cette exaltation des premiers instants, l'émerveillement d'une sensation nouvelle. Car on s'habitue à tout, à la douleur comme à l'extase, et avec le temps, la vie s'aplanit. Comment défaire alors ce calme plat, faire d'un lac immobile, inerte, un océan à nouveau tempétueux. La solution se trouverait elle dans l'esprit, dans le corps ? On a dit que c'était par l'esprit, ce n'est que par lui qu'on peut toucher du doigt le ciel, à la verticale. Mais il me semble déjà avoir fait le tour des milliers de fois de ce puits dans lequel je suis prisonnier, d'avoir tâté chaque pierre, chaque semblant de fissure, mais rien, toujours aucune ouverture, aucune sortie possible. Alors, épuisé, je me suis assis, au fond de mon puits, à regarder le ciel. Mais cela ne suffisait pas pour m'en extraire, et dans la terre molle des éléments, aucune nouvelle fleur ne poussait, privées qu'elles étaient de toute lumière.

Oh mais l'innocence, une fois perdue, ne peut-être retrouvée. Et les émotions, une fois découvertes, ne peuvent être revécues comme lors de la toute première fois. Alors, les lampes s'éteignent, les comptoirs illuminés ont rendu leur âme et nous sommes seuls, dans la pluie et l'humidité. Enfermés dans un bocal, en proie à la putréfaction de nos yeux, de notre peau.

Peut-être qu'au sortir de cette nouvelle nuit, j'aurais d'autres yeux pour voir, d'autres mains pour sentir. Aussi, un tout nouvel esprit, que la nuit aura fécondé pour moi. Moi qui avais fait fausse route, je me glisserai à nouveau dans les bras d'un vent miraculeux que je ne connaissais plus.
Et les trésors perdus, que je croyais disparu à tout jamais, reviendront plus riches encore, éclairés de mille lumières, produits de milliers d'heures ténébreuses. J'aurai, pour moi, une inspiration renouvelée, un chant continu replié dans mon coeur, comme un talisman. J'aurai, finalement, ce que j'ai toujours désiré, la capacité de mourir pour mieux renaître. Et reconnaître, au creux de la nuit, ces fleurs renouvelées, que j'admirerai avec des yeux neufs, comme la toute première fois.

 

 

 

 

 

Dimanche 06 Juillet 2006, minuit vingt deux

 

J'ai revu une nouvelle fois la fin de jeanne d'arc ce soir et ça me fait réfléchir. Evidemment ce n'est pas le film en lui-même qui me fait réfléchir, mais ce qu'il reflète en moi. Une sorte de sentiment religieux que j'avais en moi et que je vois, malgré ou peut-être à cause de moi et de ma fatuité, s'effriter. Ce sentiment est devenu au-dedans comme un souvenir. Un souvenir sur lequel le temps vient accumuler les voiles, les uns sur les autres, de sorte qu'il en devient de plus en plus lointain, de plus en plus indistinct. Cette époque, mais peut-être est-ce moi même (pourquoi la faute devrait elle venir de l'extérieur, toujours ?), me paraît vide de sens. Sans âme.
On a perdu nos illusions, sans se rendre compte que ces illusions étaient belles, en fin de compte. Et tout rappel de ces sentiments là, lesquels auparavant me remplissaient de gratitude et de contemplation, me vexent désormais. J'ai perdu de vue le fait que, peut-être, je devrais m'occuper de mon âme, cette idée qui, à force d'être galvaudée pour un tout ou pour un rien, ne veut désormais plus rien dire. Cette perte non seulement m'a ramolli, mais m'a rendu dans une continuelle expectative, une attente indéfinie. J'avais auparavant un flot continu au-dedans de moi, qui me faisait savoir à quel point l'existence ordinaire et les préoccupations banales peuvent être futilités. Et il y avait toujours, au-dessus de tout le reste, cette idée du nuage, cette idée d'une chose qui importe réellement, ce soleil à côté duquel le reste me paraissent des satellites, des détails. J'ai crû vivre par cette idée, sans savoir qu'elle causerait ma perte, car on ne peut rester indéfiniment face à une abstraction, quand nous ne recevons plus de réponse, nous laisse au-dessus du vide, abandonné à une lente chute.

Ce que je pensais éternel en moi ne l'était peut-être pas. L'âge venant, les certitudes craquelants, je me suis retrouvé face à l'absurdité, la dernière des portes, derrière laquelle ne subsiste plus rien, après laquelle tout semble illusoire, perdu d'avance, mensonges. A force de croire en l'irréalité du monde, on devient immatériel soi-même, un radeau perdu sur l'océan, une errance, voilà ce que je suis devenu.
Peut-être suis-je devenu lucide, croyant avoir perdu mon innocence alors qu'au contraire, j'ai peut-être perdu des idées fausses, des présomptions. Pour autant, aujourd'hui, s'il me reste quelques énergies, je ne sais plus dans quelle tour les loger, vers quoi les lancer, car tout me semble vain, fausse route, prétention et inutilité. J'ai trop pris conscience de la futilité de toute chose et des erreurs omniprésentes, des gens qui se sacrifient pour une cause qu'ils croient juste, mais qui n'est elle-même qu'un ramassis de fantasmes, de duperies et de faux-semblants. Une religion devient fausse sitôt qu'on écrit sur elle, sitôt qu'elle est fixée. La seule religion possible est alors changeante, diffuse. Mais alors, aucun signe, aucune marque de croyance n'est plus possible. Pourquoi tel signe plutôt qu'un autre, pourquoi telle image, telle dénomination plutôt qu'une autre.
Après la sagesse, il y a la folie. Après la folie, il y a l'errance, l'abîme du dérisoire. La lucidité parfaite est la dérision totale.

Mais alors, un ange qui parlerait serait lui-même pris en dérision, tourné au ridicule, du simple fait qu'on ne croit plus en ce qu'il raconte, du caractère obsolète de ses paroles. La poésie elle-même alors ne serait plus qu'un jeu de mots, de mailles des phrases. Partout, je ne vois que tentatives de justifications d'un égo. Dans chaque mot, chaque action que commettent les gens, je ne vois qu'une vulgaire tentative d'exister, qui n'est jamais la vie.

Je suis arrivé à un stade où j'ai trop mis en question chaque chose, chaque pensée, à la poursuite d'une vérité dont l'idée même, maintenant, me semble être une plaisanterie. Après tout ça, après ce stade-là, il ne subsiste qu'une seule chose. La seule chose dont on est sûr, et qui survit à tout, c'est le néant. L'envie du néant. Il ne s'agit plus ici d'un désir de mort (pour désirer la mort il faut encore avoir une certaine énergie vitale), mais du néant, qui n'est ni l'âme, ni le nuage, ni la voie-lactée, ni le vide, ni le plein, ni le froid, ni le chaud, ni la vie, ni la mort, ni le bien, ni le mal, ni le silence, ni le noir. Rien de tout ça. Quelque chose qui n'est ni au-delà, ni en-dessous, ni à-côté. Et qui n'est peut-être, finalement, pas même le néant. Aucun moyen de poser un quelconque mot dessus, aucun moyen non plus de l'expliquer ou de ne serait-ce que pointer du doigt vers lui. C'est autre chose, mais qui n'est pas autre chose. C'est un inconnu, mais qui n'est pas un inconnu.

Mais courir à sa poursuite serait courir à ma perte. Car s'il faut l'avoir connu pour ne pas avoir complètement vécu pour rien, il me faut aussi vivre. Et vivre, c'est se lever le matin, accomplir des choses qui ne me sont pas agréables, qui sont même souvent contre ma nature. Accomplir des choses dans lesquelles je ne saurais pas mettre de mon âme, car je pense qu'elles ne le méritent pas. Alors, je les fais à-moitié. Je vis en handicapé en quelque sorte, incapable de saisir des concepts qui paraissent innés au commun des mortels. Incapable de regarder devant et autour de moi, car j'ai toujours les yeux pointés au ciel. Incapable de m'attacher réellement aux gens, car je ne suis attaché qu'à la voûte étoilée. Il y a, pour moi, une sorte de membrane posée sur chaque chose de la vie, et je plane. Peut-être parce que je n'ai pas perdu de vue que nous ne sommes que de passage, que nous ne sommes qu'une poussière infinitésimale, et que du moins, si j'ai l'occasion de regarder vers le ciel, je pourrais y croire, un peu. J'ai abandonné depuis longtemps l'espérance en des idéaux inventés par les hommes. L'idée même d'humanité, cela fait longtemps que je n'y crois plus. Alors, je vague, tâchant de ne pas penser plus qu'il ne le faut, de ne pas écrire plus qu'il ne le faut non plus. Je regarde les lumières des villes et des fêtes avec un oeil qui en sait trop pour être en mesure encore de s'émerveiller. J'attrape, par-ci par-là, quelques éclairs dont je laisse aux autres le soin de les lancer à travers les réseaux de l'ombre. Et je ne crois plus en rien, si ce n'est en une seule chose peut-être, en ce souvenir qui lentement va filer dans la nuit.

 

 

 

 

 

Un homme lève un petit drapeau rouge au-dessus de la foule. "Je recherche une femme, dans toute cette merde. Savez-pas où je peux en trouver une ? Oh y a plein de grosses ici, mais une femme, je veux dire...une femme quoi, vous voyez ce que je veux dire ? Des hommes y en a pas non plus, y a beaucoup d'ombres. Mais des hommes, ça non, j'ai beau regarder j'en vois aucun, à perte de vue, rien... rien d'autre que le vide humain. Une femme, donc. Je cherche une femme... Tu sais ce que c'est toi, une femme ? vivante je veux dire. T'en as déjà vu une, de tes yeux ? Pas une limace endolorie, une grincheuse. Pas une future ménagère, je veux dire... Une sacrée femme quoi, devrait y en avoir non ? Parce que c'est un mystère pour moi. J'en entends parler depuis longtemps, je m'en suis imaginé plein, mais pas une seule j'en ai vu. J'ai vu formes, ça oui, et du rouge à lèvres, beaucoup, mais y a jamais de femme derrière, y juste une machine chiante, une ombre. C'est pas un extra-terrestre qu'on voit avec des yeux fluos dans la nuit. Si je vous demande ça, c'est que... j'hésite, pour tout dire. Je voudrais pas jouer le nouveau Diogène avec ma lanterne, qui chercherait un être humain au milieu de la foule... Non, ce que je veux moi, c'est savoir si ça existe quelque part, une femme qui aurait de la putain de poésie dans le sang. Non ? Ah mais je continuerai à chercher encore un peu... Et puis après quand j'aurai vu que ça existe vraiment pas, je pourrais enfin devenir moi, et cracher sur le monde en entier, sans entraves..."

 

Je ne serai pas aigri, mais fielleux. Pas aigri, fielleux.