FORÊT DE SIGNES


La poésie, vaste désir sécrété sans désir.

Les petits poètes aujourd'hui, maigres évanescences. Fragiles libellules. Clans d'imbéciles. Insipides comme des aisselles rasées, aseptisées.
Poésie, paysage sans vie. Nom froissé.
Sans sueur.
Sans autre preuve que ma vague intuition, je me disais, tout à l'heure, la poésie est morte. Enfin. Il était temps.
Méconnue, galvaudée dans toutes les rues, son nom, prononcé dans les foires à refrains, son nom serpillière, vieux pied déchaussé.

Les poètes qui n'osent plus se placer derrière le mot poésie, sous prétexte de terme desséché, galvaudé, sont des singes à poil blanc et à fesses roses.

Poètes : chiens d'aveugles. Peuple d'une civilisation qui n'existe pas encore. Civilisation ancienne, enfouie, ou bien civilisation à venir.

Peut-être le poète se décidera demain à foutre en l'air le quelconque.

Le fruit de la passion a déserté sa branche.
Une ampoule, sûre de son charme dérisoire, se tortille dans le nid du soleil.

Devant les yeux de Rimbaud c'est "L'occident qui a sombré". Ne voulait-il pas dire par là : "L'occident n'a plus de poésie. Alors il sombre." Se rendant compte du dérisoire dans lequel il se sentait condamné, confronté à une société dans laquelle l'idéal de la vie ne situe plus dans l'art, en général, ni dans la poésie en particulier. La poésie, un métier à mains comme les autres. Un passe-temps.
Avait-il l'intuition de sa gloire à venir, n'en avait-il pas conscience ? Aurait-il trouvé l'occident ridicule de l'idolâtrer, de se souvenir de lui comme un météore figé dans le ciel ?
Baudelaire, une tâche dans un infini trop blanc. Un peu avant Rimbaud : "Je n'aurais jamais crû que notre patrie pût marcher avec une telle vélocité dans la voie du progrès". Ne pensait-il pas : "Je n'aurais crû que notre patrie eu été aussi ingrate, pensant inclure si aisément la poésie dans son élan vers le progrès." La poésie est une enfant sauvage, elle ne se laisse pas faire.

Elle est une déesse ensommeillée. Parfois c'est un doigt qui se soulève et balbutie, d'autres fois c'est elle, entière, qui se dresse et c'est son coeur, sa gorge, et là c'est le monde qui tremble dans ses chaussettes.

Ses grandes mains tournent dans le sens inverse des aiguilles du monde.

 

01/05