DÉCOMBRES

 

À la voûte dévastée
À toutes les démesures

 

À ce qui suit le désastre.

 

 

 

VERS LE BLANC, UN PAS APRÈS L'AUTRE

 

Je n'ai rien vu du monde, j'ai vécu à l'intérieur.

Je n'ai connu personne, j'ai croisé des formes volatiles.

J'aime l'abîme, et le néant. Le blanc.

 

Je n'aime plus le ciel, ni le nuage.

Ni l'art, ni la pluie, ni l'écriture.

Et le plaisir au diable, et l'inutilité. Et le sommeil blasé des volières.

Je n'aime plus les mélodies au-délà des premières notes.

Les pianos qui ne m'adoucissent plus.

Je suis sec, imperméable comme une ardoise.

Les voyages sont dérisoires, ni se dissoudre, ni survivre.

Attendre sans savoir.

Personne, aucun rêve, aucun lieu.

Et le drame qui m'ennuie, et le visage humain qui ne m'émeut plus.

Je n'attends rien, ni même qu'on m'oublie.

Ni l'émotion ni l'envie.

Je n'ai pas besoin de faire.

Ni de reconnaissance.

Ni même d'amour, refus lui aussi.

Refus, je n'ai que ça, sans force dans les mains.

 

 

 

LA CALOTTE GLACIAIRE


Et j'erre, pendant que des fantômes me parlent d'une vie future

Une vie improbable

Des fantômes qui me parlent et qui veulent mon bonheur

Sans doute

Mais j'ai ce voile devant les yeux

D'autres appelleraient ça des paupières

Mais c'est inguérissable

Et je souris moi aussi

Oh ça je sais très bien faire

Ne m'aidez pas, le bonheur m'est douloureux

Tout comme sa promesse

Je n'ai rien

Rien qu'un peu de mépris pour la vie

J'aimerais partir pour le grand nord

Et m'enfouir dans la neige

Je n'ai plus que ça, un peu de solitude

Qui ne veut plus rien dire

 

 

 

Tu n'étais pas fait pour l'écriture

Tu n'étais pas fait pour l'art, non plus

Ni même pour l'amour, bien que tu l'aies voulu, lui aussi

Tu n'étais pas fait non plus pour voir le monde

Car tu n'y as rien vu du tout

Tu n'étais rien qu'un soleil brûlé

Qui cherchait un peu de pluie ça et là

 

 

 

Il était déjà bien tôt

Mais ta vie, à peine commencée

Sentait déjà le roussi

Quelque chose de perdu en route

On ne sait plus où

Tu n'as jamais pu mettre la main dessus

Peut-être as-tu perdu les clefs de chez toi

Les clefs de ton dernier château au fond du ciel

La clef des voix chaleureuses, et des consolations

Il ne reste guère qu'une seule respiration

La respiration de la mort, qui emplit tes rêves

 

 

L'ATTENTE

Tu ne dis mot
Je ne dis rien non plus
J'attends
Devant la porte dérobée
Des volutes
À travers les airs
Tracent des anneaux
Autour de doigts invisibles


 

CONSTELLATIONS

Des grains de beauté
Étoiles sur un ciel de chair
Se disputent une place
Au sein du firmament
Pour un céleste séjour
Dans un repli de la peau
Gardés loin de la vue
Des yeux qui ne savent pas voir
Et comme les astres
Ne se montrent que la nuit
Des grains de beautés se disputent
Nos constellations

 

 

 


Et l'insonore voix parle en ne disant rien

 

Je me cherche au détour d'une rue qui se vide
Le front cramé, le coeur à l'ossuaire absent
La musique incertaine et le temps qui dévide...
Je marche aveugle et sourd, et mon trottoir descend

 

 

J'ai causé avec l'encre échangé un regard
Et pour moindre réponse inoculée cent fois
Une fleur écrasée mâche mon désespoir.
Et je fini ma vie en rêvant d'autrefois.

Une fée ténébreuse à la bouche marmonne
Une ligne de mots qui retombent bredouille
Chasse perdue d'avance, et la mort qui fredonne...
Un filet sans pêcheur, de bave qui bafouille.

 

 

C'est marqué sur le côte de la boîte
Du mode d'emploi de ma vie

 

Je chante la minute attendrie

 

 

 

 

 

Le feu crépitant où va mourir un brouillon
Vois sa langue incendiaire avaler ma passion
L'allumette a creusée son énorme sillon
et je crève en chanson.

 

Je suis libre oui, mais libre dans le brouillard

 

 

Je tâte la ruelle y cherchant déployée
Une fée magicienne aux corolles patientes
La baguette allumée, à tous mes voeux vouée
Prête à illuminer les frontières latentes

Puis j'attends que s'absente une douleur, ou deux
Le temps d'une minute à s'extraire du temps
Une odeur incrustée d'ambre dans les cheveux
Et dans l'air familier une main qui m'attend.

 

 

Ici prête à s'ouvrir et à cracher du feux

 

 

 

 

Je ne sais plus d'ailleurs

 

 

 

Crachas sur la lunette et bave sur la page
Je remonte le sud en rêvant de voyages
J'émascule ma bribe avec un beau lustrage
j'ai pressé l'imprimeur de faire cent tirages

Une muse asséchée, ridée, déesse morte
Vient baver sur ma page et laisse des sillons
Des rimes flétries mais que malgré tout j'emporte
Je trempe mes doigts dans le moindre postillon.

 

 

 

Au flanc dépareillé des coutumières

 

 

Pour l'ennui, passager
De ton traîneau sans lune
Pour l'oubli, messager
De ta nuit taciturne

Pour ton flanc détaillé
Qui forme le pli d'ombre
Où va, dépareillé
Mon navire qui sombre

À toutes les comptines
Qui ne sont jamais dîtes
Aux engeances marines
Aux ténèbres maudites

 

 

 

 

 

Quand j'écris j'entends clac c'est le bruit du cercueil
Je prépare un soleil au bout de toute ligne
Le point d'exclamation vient me sauter dans l'oeil
Un autre horizontal une croix qui m'aligne

Comme le mouton meurt je vais mourir aussi
Je suis donc le suiveur du troupeau qui m'éreinte
Mais j'aime l'inconnu la lointaine Russie
À l'autre bout d'un monde où fleurit une étreinte

La pleine lune montre une mine arrondie
Forme une ombre frêle au fond de mon tiroir
J'ai pour tout incendie un foyer obscurci
Mon chemin poétique est celui du trottoir

Mon parfumeur d'ambiance est appelé poème
La dernière Peugeot prend le nom de ma muse
Et la publicité détrousse mon emblème
La poésie est un cadavre qui amuse

Point d'interrogation en guise de devise
J'amoncelle les mots dans un livre ossuaire
J'ai pour toute influence une mort qui me grise
Et pour toute lumière un torchon qui m'éclaire

La blanche inspiration qui écume la grève
Me parle de la mer aux couleurs d'amarante
Le réel est finit où commence mon rêve
Je lance sous la pluie la fusée éclairante

Mon rêve d'écriture est un long testament
Je prépare la mort dans un livre sans titre
Sans luminance et sans vitraux étincelants
Je laisse un requiem après chaque chapitre

Meublant le temps avec mon bois aggloméré
Je parle de luxe et transpire à la métrique
J'ai pour tout frisson ma mine de déterré
Ma musique allégée ma muse de plastique

Ma cuisine miteuse arbore la buée
De poèmes piteux que j'ai trop surjoué
Pour nourrir d'autres nuits comme moi embuées
J'ai pris la poésie comme un sombre jouet

Mais je vends des morceaux de mon coeur au détail
À qui voudra me mordre ou bien me soutenir
Petit poucet perdu continue son travail
Bouts de coeur bouts de pain comme des souvenirs