HISTOIRES SIMPLES SUR LE MANQUE (L'ARRIÈRE-COUR)

 


Je cherchais mon manque un matin
Je fouillais dans tous mes coffres, il n'était plus là
Il avait foutu le camp
Il n'était pas non plus caché sous mon lit
Entre les moutons de poussière
Je sortais chacun de mes livres de la bibliothèque
Voir s'il ne s'était pas réfugié entre les pages
J'ai regardé dans chaque tiroir
J'ai démonté les armoires
J'ai démonté le chauffe-eau

Je suis allé dehors placarder des affiches
" J'ai perdu mon manque
Prière de me contacter
Si par hasard vous le rencontrez
Il s'appelle *****
Il a les yeux clairs
Il est magnifique
Mais il est farouche, il ne vient pas toujours quand on l'appelle "

 

Mais rien
Pas une nouvelle
Pas un signe
Une vieille dame était bien venue
Avec une chose bizarre dans une cage
"Je crois que j'ai retrouvé votre manque monsieur
Tout le monde en parle dans le quartier
Ça fait toute une histoire, depuis que nous avons vu les affiches
Nous voulons tous vous rassurer, nous voulons tous que vous alliez mieux
Alors le boulanger, le fromager de notre rue
Même le solitaire qui ne sort jamais de chez lui
Ils sont tous sorti, ils sont tous parti à sa recherche
Un filet à papillons, ou un panier à la main
Et nous l'avons trouvé, enfin
Alors le voici, c'est lui n'est-ce pas, dîtes, dîtes ? "

Derrière la vieille dame je pouvais distinguer
Des dizaines de personnes cachées derrière son épaule
Dans l'escalier
Qui écoutaient religieusement
Et qui trépignaient d'impatience
Attendant ma réaction

Non, ce n'était pas lui
J'entendis un grand soupir de déception
Qui résonnait dans tout mon immeuble, dans tout mon quartier
Dans l'univers tout entier

Ce n'était qu'un simple perroquet
Parmi tant d'autres
Sans nom et sans adresse
Un perroquet dont je n'avais rien à faire

Le chagrin dans le coeur
J'avais perdu mon espoir
De le retrouver un jour
Peut-être était-il mort ?
Peut-être ne voulait-il plus de moi ?
Peut-être avait-il changé de maître ?

Pourtant, quelques jours plus tard
Alors que je ne le cherchais plus
Alors que je ne cherchais plus rien
Je l'ai entendu soudain pousser de petits cris à-côté de moi
Il était tout affaibli, il était tout chétif, épuisé
Comme s'il avait parcouru le Monde
Pour revenir à moi
Alors je lui ai acheté une clochette
Pour la mettre autour de son cou
Et je l'ai replanté dans mon coeur
Avant de refermer la porte à clef, pour que plus jamais
Plus jamais
Je ne le perde des yeux

 

 

 

Avril 2007

 

LE TOUR DE MANÈGE

 

Ma fièvre avait une couleur étrange ce soir là
Elle passait du bleu au vert
Elle s'arrêtait parfois au blanc l'espace d'une seconde
On aurait dit que ça s'arrêtait pas
C'était un pantone tournoyant
C'était un manège gratuit pour les imbéciles comme moi
Un seul ticket donnait le droit de faire
Une infinité de tours, sans s'arrêter
Oh bien sûr je vomissais parfois
Mais je n'étais pas malheureux
Car, aussi loin du centre du cercle que j'étais
Je pouvais la voir, elle, au milieu du manège
Qui faisait tournoyer tout ça avec son rire
En chantant avec sa voix qui me faisait
L'effet d'une drogue qui évanouissait le Monde
Devant mes yeux
J'y voyais rien, j'y voyais que dalle
Je ne voyais qu'elle

 

 

 

IDÉES CLAIRES

 

Mon verre s'est brisé pendant que je pensais à elle
Je l'ai vu se pulvériser sur le parquet
Alors titubant j'allais chercher la balayette
Je n'en avais pas, penses-tu
Pieds nus je m'écorchais contre ses yeux clairs

En fouillant entre les lames du parquet
Pour récolter les derniers morceaux de verre
Les derniers fragments de son rire qui résonnait toujours
J'aperçu une légère fluorescence qui était mon manque
Trop petite pour mes doigts trop petite
Pour une pince à épiler ou pour une aiguille
J'essayais de l'atteindre avec mon souffle maladroit
Mais ma voix la faisait fuir et mes mains la faisaient tressaillir
J'ai bien tenté de lui écrire un poème
Mais elle a presque disparu au-delà des nuages
Alors je décidais de me taire et d'attendre en la regardant
Elle se mit à danser se disant que peut-être
J'aillais cesser de penser à autre chose qu'elle
Ce qui, bien sûr, n'était guère possible
-Pure féerie-
Je laissais faire le silence qui seul
Était capable de la ramener à moi

 

 

 

UN ÉLIXIR

 

Le téléphone portable d'un voisin vibrait contre un meuble
Qui faisait résonance
Des gens finissaient un dîner
Leur voix s'attardait dans la cour intérieure endormie
Dans la tuyauterie un bruit d'eau se faisait entendre
Pendant que le bleu inondait ma chambre
Pendant que le calme ronronnait doucement
Et que je cherchais par quelle pensée je pouvais trouver le sommeil
Un flacon dans mon coeur garde précieusement ta voix
Pour que, dans l'urgence du matin, sous un soleil cuisant
Si un semblant d'absence demain se faisait
Trop lourdement ressentir
Je puisse l'ouvrir et laisser ton écho
M'environner